Fini ennui et disputes à la récré : Mode d'emploi vidéo (2 min)

Les Récrés "Jeu t'aime" 

C'est quoi ? Installer un contenant (bacs, abri de jardin, container….) rempli d’objets quotidiens obsolètes tels que pneus, tissus, chaises, filets,…dans la cour de récréation et laisser librement les enfants y avoir accès pendant le temps de midi.

Pourquoi ? Redonner aux cours de récréation leur aspect ludique en invitant les enfants à créer, à imaginer, à jouer...
Et les premiers retours sont très riches : modification des dynamiques entre enfants, augmentation du mélange des enfants, réduction de la violence et de l'ennui, stimulation de la créativité, amélioration des capacités à gérer les risques...
Ce projet, en favorisant le jeu libre, rencontre beaucoup des objectifs de l'école : améliorer les capacités sociales, motrices et cognitives des enfants.

 

                                                                                                                                                                                                                             Mode d'emploi pour installer les Récrés "Jeu t'aime"

Bénéfices observés des Récrés : 

  • Invitent au jeu libre et à la création  Une caisse devient bateau, des draps se transforment en cabanes...
    Les enfants apprennent avec leur corps, leurs mains, ils ont besoin de toucher, manipuler, expérimenter... Sans matériel ou objets à dispositon, le corps de l'autre devient un support : on pousse, on tire, on frappe...  Le jeu, favorisé par la présence d'objets, permet d'exprimer émotions, ressentis, de se décharger... 
    "J'ai adoré cette récré, elle m'a rendu bien dans ma peau "  (Yasmine, 10 ans)
    " Maintenant on sait mieux jouer " (Thomas, 8 ans)
  • Permettent aux enfants de se rencontrer, de socialiser :  Les enfants - grands/petits, garçons/filles - se mélangent, ils élargissent leur cercle de camardes. Le jeu leur permet de se rencontrer, de partager un moment. Pour jouer, construire... les capacités de chacun sont valorisées. Il est plus facile pour les enfants plus timides, ou au contraire plus turbulents de se faire une place, de partager un moment avec les autres.   
    " Depuis qu'il y a les jeux, on joue beaucoup plus avec d'autres enfants. Avec des filles, des plus petits, des plus grands, avec des tous petits, avec tout le monde quoi!" (Arnaud, 7 ans)
  • Modifient la nature des conflits :  Des conflits surviennent toujours mais leur nature change. Généralement, les enfants se disputent parce qu'ils convoitent le même objet. Comme la nature du conflit est précise ils apprennent petit à petit à le résoudre par eux mêmes : soit ils jouent ensemble avec l'objet, soit ils font du troc (je te donne ça si toi tu me donnes ceci) ou ils l'utilisent chacun à leur tour. De plus, les enseignants soulignent que depuis l'apparition des objets, ils ne doivent plus régler de conflits en rentrant des récréations. 
    " Maintenant c'est parfait parce qu'on a, je vais dire ça comme ça, aucune dispute"  (Juliette, 8 ans)
    " Tous les jours il y avait des disputes et on devait prendre des heures de notre cours pour régler ça. Alors Madame elle s'énervait' (Thomas, 8 ans)
  • Changent le rôle des adultes présents dans la cour : Ils sont témoins de la créativité des enfants, prennent plus de plaisir durant ces temps de récréation. Ils passent également moins de temps à régler les conflits. D'une part, parce qu'il y en a moins et, d'autre part parce que les enfants apprennent à les régler par eux-mêmes. 
  • Favorisent l’apprentissage des limites : La présence d'objets et à la mutliplicité de leurs utilisations possibles invitent les enfants à se dépasser. Leurs capacités motrices, cognitives sont sollicités. Les enfants se lancent des défis, tatonnent, avancent progressivement pour les relever. Petit à petit, ils découvrent ce dont ils sont capables mais aussi leurs limites. 
     

Les défis à relever : 

  • Prennent un peu de temps et nécessitent de l'engagement : C’est un projet qui demande une motivation de la part de l’équipe pour sa mise en place (récolte des objets, installation du contenant…). Pour réussir, il est plus facile d’avoir une ou deux personnes responsables et engagées qui lanceront et maintiendront la dynamique générale. Une fois le projet sur des rails, des réflexes se mettent en place (les parents amènent des objets...) et il devient moins couteux en temps. 
  • La récolte des objets : Trouver les objets est parfois un frein pour les écoles. La mobilisation des parents et des enseignants à cette étape n'est pas toujours facile. Si la récolte auprès des parents et des enfants n'est pas suffisante, des pistes existent. Différents lieux et moyens peuvent être mobilisés pour la récolte : la cave/grenier de l'école peut s'avérer être une mine d’or, l’association de parents peut devenir partenaire, les commerces du quartier, les marchés gratuits… 
  • Le rangement : La manière dont le rangement se passe dépend d'une école à l'autre. La créativité permet généralement de trouver des solutions qui fonctionnent. Par exemple, un avertissement 5 minutes avant la fin réelle de la récré qui avertit tous les enfants qu'ils doivent petit à petit ramener les objets au contenant, une classe est en charge du rangement par semaine (avec un concours de vitesse de rangement...)...
  • Elles demandent un entretien régulier : Pour éviter qu'il y ait dans le contenant des objets cassés devenus coupants, un tri régulier du matériel est nécessiare. Il existe plusieurs manières pour gérer cela : une vigilance quotidienne de la part des adultes accompagnés d’une sensibilisation des enfants, une classe responsable de l'entretien par mois...

 

Témoignages des écoles participantes : 

L'expérience est très riche pour les 4 écoles qui ont lancé le projet durant l'année scolaire 2015-2016 et  pour la dizaine d'autres écoles qui ont rejoint le projet cette année 2016-1017. 

Les enfants s’emparent très rapidement du matériel, ils jouent, inventent, construisent, testent leur mobilité, leur équilibre. Les dynamiques entre eux changent également : petits et grands, filles et garçons se mélangent,... Les enfants apprennent aussi à régler les conflits par eux-mêmes : faire du troc, jouer ensemble ou se partager le temps de jeu... Avec ce projet, les disputes quand elles surviennent concernent les objets ; les conflits ne sont plus larvés dans des histoires interpersonnelles qui surgissent souvent par ennui du vide des cours de récréation.  

Pour les adultes aussi les temps de récréation changent : ils sont témoins de la créativité des enfants, les découvrent sous un jour nouveau, prennent plus de plaisir à être dans la cour de récréation... et doivent gérer moins de conflits une fois rentrés en classe.

Les écoles qui ont participé à cette phase pilote sont très différentes par : le nombre d’enfants, la taille de cour,  l’environnement, le type d'encadrement des temps de récréation, le réseau, la pédagogie,... Il n'y a pas de profil type pour implanter ce projet.

L'école Pleine Air d'Uccle raconte en vidéo l'euphorie et la toute nouvelle dynamique de la cour de récréation. Les enfants racontent également en vidéo ce qu'ils vivent et pensent de ce projet.  

L'école de Mehagne a réalisé un petit film qui rend compte de l'atmosphère, des expériences ludiques, motrices, créatives...que les enfants vivent. Le film est à découvrir sur la page d'accueil du site de l'école

Un petit film tourné à l'école communale de Thieusies nous montre l'ambiance qui règne à présent dans la cour. 

 

 

Mode d'emploi pour implanter les Récrés "Jeu t'aime" dans votre école

  • Présenter le projet à la direction. Son accord et son appui sont indispensables pour mobiliser l’équipe éducative et faire adhérer les parents au projet.
  • Désigner une personne (enseignantaccueillant, membre de la direction,...), un duo (par exemple enseignant/accueillant) voire un petit groupe responsable du projet dans l'école et qui pourra donc prendre des décisions le concernant. Etre à plusieurs autour du projet permettra de renforcer le dialogue et le travail d'équipe au sein de la communauté éducative de l'école. 
    Ce noyau s’assure que le projet avance, centralise les informations, les fait circuler, mobilise les collègues quand cela est nécessaire… 
     
  • Réunir l’équipe éducative pour présenter le projet et rappeler l’importance du jeu libre pour le développement des enfants. Des outils sont disponibles gratuitement : le livre de la collection Temps d'Arrêt « Jouer pour grandir » (S.Marinopoulos) à commander ou télécharger, un texte court peut être distribué. Un autre texte aborde également les aspects théoriques du projet : en quoi cela rencontre les besoins de l'enfant, quelle est la place de l'adulte... N'hésitez pas à puiser dans ces ressources qui peuvent servir de base à la discussion. D'autres ressources liées à la thématique du jeu se trouvent sur cette page (notamment les vidéos-interviews "Laisser l'enfant jouer pour lui apprendre à créer" et "Pourquoi laisser l'enfant jouer à la guerre").
    Un acteur local (coordination atl, amo, asbl utilisant le jeu, agent PMS,…) peut également être sollicité pour venir alimenter la réflexion d'équipe.
    Il est important de pouvoir écouter les différents points de vue, pouvoir entendre les éventuelles craintes et réticences. La liste des objets est un très bon point de départ pour apaiser ces potentielles inquiétudes : décider ensemble des objets qu’on garde ou pas. Au fil de l'expérience, quand les enfants s'habituent au matériel, que les adultes se sentent plus rassurés, la liste peut être revue et enrichie.  
     
  • Présenter le projet aux parents. Leur montrer les vidéos est une manière de rentrer directement au coeur du projet et de leur donner accès à la richesse, la créativité, le plaisir qui émanent de ce projet. De simples images peuvent d'emblée les convaincre de l’intérêt d’un tel dispositif pour leur enfant. Et pour les impliquer concrètement dans le projet : les inviter à chercher avec leur enfant des objets pour remplir le contenant. Une manière de revisiter cave et grenier et de les laisser choisir des objets appropriés (ni coupants, ni pointus…).
    Des canevas de lettres à adapter et la liste d’objets à leur adresser sont disponibles en téléchargement (en bas de cette page).
     
  • En parallèle de ce temps d’information, rechercher le contenant (auprès de la commune, des parents bricoleurs,...). L’expérience pilote a mis en évidence les solutions les plus adaptées, c'est à dire celles qui

        - permettent aux enfants une circulation en groupe et un «rangement» facile (pas de porte)

        - ne nécessitent pas la présence d’un adulte pour rentrer et sortir les objets 

        - préservent les objets de l’humidité (contenants soit fermés et aérés, soit abrités)

        - sont suffisamment grands pour accueillir des objets de toutes tailles et en quantité suffisante

        Par exemple de grands bacs en palettes (d'autres matériaux peuvent être utilisés) comme ceux-ci :

    

 

  • Récolter les objets. Demander aux parents permet de les impliquer concrètement dans le projet et de stimuler leur intérêt. Il est important de lister les objets recherchés (liste complète des objets en bas de page) : pneus, morceaux de gouttière, tissus, filets... et d'insister sur le fait qu'il n'y aura pas de "jouets" dans le contenant. Une casserole aura sa place, pas une dînette! 
    Les commerces du quartier, les donneries, les centres culturels, les théâtres, les parcs à conteneurs, les garages, les entreprises de matériaux… sont également de bonnes ressources pour dénicher des trésors. Et l'expérience montre que les gens sont intrigués par le projet, s'y intéressent et donnent très volontiers un coup de main.
     
  • Lancer le projet et ouvrir les portes du contenant. Il s'agira alors d'être particulièrement attentif et s’assurer que les objets ne deviennent pas dangereux (pointus…), il faudra jeter ce qui est trop abîmé, renouveler le stock en amenant de nouveaux objets… Des ajustements sont souvent nécessaires en fonction de ce qui est observé et de ce que les enfants rapportent : plus ou moins de temps de rangement, régulation de l’espace,…
  •  

Les questions les plus fréquentes :

La cour de mon école est assez petite, est ce que c'est quand même possible de mettre en place le projet ? Il est évident que chaque école a ses propres spécificités (taille/forme de la cour, nombres d'élèves...). Le projet est, théoriquement, adaptable à toutes les cours. Mais la caractère unique de chaque cour nécessite une réflexion sur la manière de le mettre en place dans son école pour que cela fonctionne le mieux possible (l'endroit où mettre le contenant, définir les règles d'utilisation des objets...).

J'ai peur que les élèves de mon école utilisent les objets pour se battre, que faire ? Cette crainte est rencontrée par de nombreuses équipes. Une première possibilité, pour appréhender le projet petit à petit, serait de commencer en n'introduisant que certains types d'objets (draps, claviers d'ordinateurs, pneus, sacs, boudins de piscine..). Et lorsque les équipes se sentent plus à l'aise, qu'elles constatent que les enfants utilisent les objets pour construire, inventer... alors introduire de nouveaux objets tels que des gouttières...
Par ailleurs, cette question du conflit est intéressante. En effet, les enfants adorent jouer à se battre. Jouer à se confronter cela fait partie de leur développement, leur permet de transformer leurs pulsions agressives, leur rivailité...Sophie Marinopoulos parle de cela dans une vidéo intitulée "Pourquoi laisser les enfants jouer à la guerre?" . 

Pourquoi présenter le projet aux enseigants alors qu'ils ne sont pas toujours présents dans la cour à midi ? C'est un projet qui va les impliquer (in)directement. Il faudra le présenter aux enfants, définir les règles de la cour, participer avec eux à la récolte des objets...Plus le projet est soutenu à tous les niveaux dans l'école, au plus il s'installera facilement et se intégré facilement. Les rencontres autour du projet entre l'équipe qui s'occupe du temps de midi et l'équipe enseignante peut également être l'occasion de concertation, de discussions autour de certains enfants...
Certains bénéfices sont rapportés par les enseignants : moins de disputes à régler quand les enfants rentrent en classe, plus grande créativité des enfants lors d'activités artistiques...

Est ce que les enfants se lassent ? D'après les expériences, c'est plutôt le contraire. Au delà de la rapidité avec laquelle les enfants se saisissent du projet, plus les enfants jouent avec le matériel, plus ils deviennent créatifs. Ils se sentent aussi de plus en plus concernés et responsables de son bon fonctionnement, ce qui les amènent à plus d'auto-gestion. 

 

Des questions?

N'hésitez pas à nous contacter pour échanger vos questions, suggestions, réflexions,... autour de ce projet : yapaka@yapaka.be 

 

L'origine du projet : 

Les Récrés "Jeu t'aime" sont inspirées d'un projet mené en Angleterre (Srapstore Playpod) et en France (La boîte à jouer). Les bénéfices présentés ci-dessous sont tirés d'une étude menée sur le projet en Grande-Bretagne il y a plusieurs années. 

Expérience menée dans une école anglaise

Les enfants

  • Renouent pleinement avec le jeu libre. Ce dispositif leur donne l’opportunité et le temps de rejouer, entre autres aux jeux de faire semblant, essentiels à leur développement. 
  • Expriment et déploient toute leur créativité. Ils ont l’occasion de créer, rêver, imaginer,… seul ou en groupe et cela à l’infini. 
  • Ne manifestent plus d’ennui durant les récrés, ce qui diminue les comportements inadaptés. La présence d’objets évite que le corps de l’autre ne soit utilisé comme une chose.  
  • Sont tous intégrés, inclus dans les jeux, plus un seul ne reste à l’écart. Ce dispositif est un moyen de lutter contre les phénomènes de bouc émissaire, d’exclusion et donc potentiellement réduit le harcèlement. 
  • Collaborent, se rendent compte naturellement que la solidarité et l’entraide sont nécessaires afin de parvenir aux résultats souhaités. 
  • Se mélangent, se mettent à jouer hors de leur cercle habituel. Les séparations garçons/filles, grands/petits sont beaucoup moins marquées, les comportements genrés s’amenuisent. 
  • S’autorégulent et gèrent eux-mêmes leurs différends, ils font moins appel aux adultes pour régler leurs conflits.

Les enseignants

  • Constatent que les enfants progressent dans les compétences dites transversales (esprit de logique, créativité, abstraction,…). Ce qui peut avoir des répercussions sur les apprentissages scolaires. 
  • Se rendent compte de tout le potentiel créatif des enfants et le mettent à profit dans les apprentissages

Les adultes en charge des temps de récréation

  • Sont revalorisés dans leur rôle. En accordant de l’importance à ces temps de récréation, en les pensant, ils occupent une place différente, ils sont plus impliqués au sein de la communauté éducative. 
  • Doivent intervenir moins rapidement dans les conflits, les enfants faisant preuve de plus d’autonomie dans la recherche de solutions. 
  • Constatent moins de blessures durant la récréation, une fois la phase de démarrage terminée.
  • Changent leur rapport aux risques, ils se rendent compte de la capacité des enfants à les gérer.
  • Portent un nouveau regard sur les enfants, sur l’univers qui leur est propre, et cela renforce leur empathie à leur égard.

L’école

  • Dispose d’un soutien groupal, collectif, comme soutien aux élèves les plus en difficulté. En effet, quand certains enfants perturbent le fonctionnement scolaire par des troubles du comportement, de l’hyperactivité, des problèmes d’intégration, ce sont généralement des prises en charge individuelles telles que médication, suivis thérapeutiques, logopédiques qui sont privilégiées…Ce dispositif constitue une alternative à ces solutions spécifiques. 

 

Partager

Pages qui pourraient également vous intéresser

[Livre] Jouer pour grandir

L’enfant, dès sa naissance, a un besoin vital de jouer pour entrer en contact avec son environnement. Jouer est sérieux car, en jouant, il construit sa santé relationnelle et affective. C’est avec...