Si parfois vous vous sentez seul, mal dans votre rôle de parent, si votre enfant vous en fait voir de toutes les couleurs, si vous vous sentez parfois inquiet, plein de doute... vous n’êtes pas les seuls: être parent n’est pas simple.
A cette place, on se remet sans cesse en question. Un enfant, c’est un perpétuel remue-ménage. Partager une maison, c’est un défi quotidien: se permettre de vivre ses plaisirs, ses souffrances, ses projets sans trop se marcher sur les pieds, chacun à son rythme...
Pour son enfant, on veut le meilleur. Pourtant, désolés, nous n’avons pas de recette ; tout juste quelques points de repères, témoignages, idées à prendre ou à laisser pour continuer d’inventer et de réinventer... parce que, hélas, ou plutôt heureusement: Yapaka !
Au-delà des bornes, se faire aider
Faire appel à des professionnels quand ça ne va pas est plutôt une marque de courage. Un adolescent qui entre dans une spirale de violence ou dans la folie est à prendre très au sérieux. Face à un jeune qui dérape ou déraille, acceptez de partager vos compétences avec celles des professionnels qui travaillent dans un service spécialisé d'aide aux jeunes.
Cette intervention n'est pas une défaite. Elle est au contraire le fait de parents qui ne capitulent pas et osent appeler à l'aide. Si vous craignez être mis de côté parce qu'un juge ou un psychiatre s'occupe de votre adolescent, rassurez-vous: on vous sollicitera forcément! Pour faire son travail, un magistrat, un médecin spécialiste ou tout autre professionnel a besoin de votre aide et de votre collaboration. Dans tous les cas, l'intervention de ces professionnels n'annule pas celle des parents; elle la complète et la fait évoluer.
"Cet hiver, Yannick a fait une grave dépression et il a été hospitalisé pendant un mois. Il a repris le lycée et il va mieux, mais le médecin nous a conseillé de faire une thérapie familiale. Au début, on s'est demandé pourquoi, puisque que c'est notre fils qui a été malade. Mais c'est vrai que cette épreuve nous a tous retournés."
"Quand je vois la manière dont Ludmila perd du poids et reste dans son coin, je me dis que je devrais trouver une façon d'en parler à ses parents. Ce n'est pas parce qu'elle a de bons résultats scolaires et qu'elle a l'air d'une jeune fille sage que tout va bien. Cette petite jeune m'inquiète. Elle va vraiment mal et c'est comme si personne ne le voyait."
"Mon mari et moi sommes à ramasser à la petite cuillère. Max a un comportement complètement irrationnel. Il s'est rasé le crâne sans savoir lui-même pourquoi. Il a mis des dizaines de bougies dans sa chambre et a écrit des phrases bizarres sur les murs. Il s'isole de plus en plus. On n'en peut plus. Je crois que je vais écouter ma soeur qui n'arrête pas de me répéter d'aller voir quelqu'un."
"Quand j'ai compris que mes parents m'emmenaient à l'hôpital, je leur en ai voulu à mort et j'ai essayé de m'enfuir. Là, ils m'ont pris pour un fou. Je suis sorti au bout d'un mois et je continue à voir un psychologue chaque semaine. Il est plutôt sympa, mais il y a toujours des idées étranges dans ma tête et je ne sais pas quoi en faire."
"Je m'arrange pour discuter gentiment avec Marc, mais on est dans une impasse. Il vient de lâcher l'école, se fait des piercings partout et ne mange plus à table. Tout le monde s'est mobilisé, il refuse de parler de ce qui ne va pas. Ce qu'on dit glisse sur lui. On a besoin d'une aide extérieure et j'ai pris rendez-vous chez un psy. On a vraiment envie qu'il s'en sorte."
"Juliette est sortie de la maison entre deux infirmiers. J'ai regardé mes chaussures et je me suis traité de père indigne, de dégonflé. Les policiers ont été efficaces et corrects, mais ça ne m'a pas remonté le moral. Et puis j'ai repensé au moment où elle a mis la véranda en miettes."
Les adolescents sont inégaux face à la tornade hormonale qui s'abat sur eux lors de la puberté et dont ils doivent gérer les conséquences psychologiques et relationnelles. Chez certains jeunes, cette épreuve à la fois personnelle et sociale - ça se passe sous le regard des autres jeunes et des adultes - tourne très mal, sans que l'attitude parentale puisse être directement mise en cause.
Le devenir d'un adolescent qui tombe dans la délinquance ou qui fait l'expérience de la folie n'est pas irréversible. Mais il importe de prendre rapidement en compte le problème. Les professionnels, en complémentarité avec les parents, proposeront des lieux - parfois différents - où le mal-être de chacun pourra être dit, écouté et soulagé.
Les parents doivent également savoir que si leur adolescent est contraint d'effectuer un séjour en établissement psychiatrique, il y vivra une sorte de traversée vers l'âge adulte. Ce n'est certes ni enviable ni confortable mais cela l'aidera à se retaper, ou plus simplement à faire une pause dans son élan difficile vers l'âge adulte. Un suivi psychologique à l'extérieur lui permettra ensuite de mieux s'orienter, penser et aimer. Ce n'est pas rien.
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