APRES 12 ans

Après douze ans
Les avantages des écrans

Les jeux en réseau développent l’aptitude à travailler en équipe et la curiosité vis-à-vis des autres , en termes de compétence et de savoir. Ils incitent chaque joueur d’une équipe à se poser cette question : dans mes relations, qui sait faire quoi ? - Qui connaît quoi ? Cette aptitude une fois acquise peut rendre d’immenses services dans la vie personnelle ou professionnelle. Deux comportements y sont très répandus : l’altruisme, c’est-à-dire le comportement social qui a pour but ultime le bien-être d’autres individus, où les sujets altruistes reçoivent un bénéfice intrapsychique à adopter ce comportement d’aide ; la réciprocité sociale, c’est-à-dire la capacité d’un sujet d’interagir et de maintenir des échanges sociaux mutuels, par exemple répondre à une action positive par une autre action positive . La sociabilité dans le jeu de la majorité des joueurs se retrouve dans la vraie vie. S’agissant des valeurs morales, plusieurs études ont montré que les jeux qui valorisent l’entraide et la coopération ont le pouvoir, dans certaines conditions, d’augmenter ces comportements dans la réalité. En même temps, les utilisateurs ont de plus en plus souvent la possibilité de participer à des forums de discussion, aussi bien par écrit qu'oralement, et à des communautés intégrées dans certains jeux vidéo.
S’agissant des jeux de tir en première personne (FPS pour First Person Shooter), il  a été montré que les joueurs ont des performances très augmentées dans diverses tâches d’attention et de perception rapide . Quelques heures d’entraînement suffisent (une heure par jour pendant 10 jours) pour améliorer plusieurs fonctions : l’acuité visuelle, l’attention visuo-spatiale avec une meilleure résistance à la distraction, la capacité de changer rapidement  de tâche et la capacité de prendre plus rapidement la bonne décision. En outre, dans chacun de ces acquis, le transfert d’apprentissage est remarquable : les acquisitions se transfèrent à tous les domaines de la vie. Mais le  temps consacré au jeu est souvent excessif, et en outre, de nombreuses facultés n’ont jamais été testées: la cognition sociale, la compréhension des autres, la lecture…

C’est aussi l’âge des réseaux sociaux. Ceux-ci familiarisent les jeunes  avec les mondes numériques, mais constituent aussi un nouvel espace d’expérimentation sociale qui leur permet de se définir et de définir le monde qui les entoure. L’adolescent qui fréquente les réseaux sociaux renforce ses compétences sociales, d’autant mieux qu’il va et vient entre les relations réelles quotidiennes et les relations réelles médiatisées par les technologies du virtuel.
La manière dont Facebook entretient le bavardage, le papotage et les plaisanteries de potaches le fait parfois présenter comme une incitation à la débilité. Mais Facebook n’a pas créé ce besoin de divertissement, de communication et d’amitié, il permet seulement de l’assouvir de façon plus facile. Ce commérage est en outre considéré comme une activité pro sociale . Chacun dit des choses qu’il n’oserait pas exprimer s’il se trouvait face à son interlocuteur, frime… tout cela exactement comme dans une cour de récréation. Personne ne prétend y tenir de conversation sur des thèmes sérieux. Les discussions approfondies ne sont clairement pas la raison d’être de Facebook. Ils constituent un nouvel espace d’expérimentation sociale qui permet aux jeunes de se définir et de définir le monde qui les entoure. L’adolescent qui fréquente les réseaux sociaux renforce ses compétences sociales, et cela d’autant mieux qu’il va et vient entre les relations réelles quotidiennes et les relations médiatisées par les technologies du virtuel. On y rencontre aussi plus facilement des interlocuteurs qui partagent les mêmes passions, les mêmes centres d’intérêt, les mêmes préférences musicales. Dans la vie réelle, ces rencontres sont plus aléatoires. Les réseaux sociaux augmentent les chances d’organiser des relations plus fortes et durables

Les dangers des écrans

Outre la question des contenus violents, le problème principal des jeux vidéo est lié à leur utilisation abusive de la part de certains mineurs. Pourtant, aucune étude scientifique ne permet à ce jour d’affirmer qu’il existerait une addiction aux jeux vidéo ou à Internet. D’autant plus que s’agissant des adolescents, le contrôle des impulsions n’est pas totalement installé avant l’âge de 25 ans : les mots « addiction » et « dépendance » qui définissent, de façon générale, la perte du contrôle des impulsions chez un adulte qui y avait préalablement accédé, sont donc inadaptés à la situation de l’adolescent. Les usages problématiques des jeux vidéo sont surtout un révélateur de problèmes sous-jacents : dépression, déficit d’estime de soi, anxiété sociale mais aussi violences scolaires, divorces, deuils… Certaines formes d’utilisation peuvent toutefois avoir des effets nocifs à long terme. Cela n’est toutefois que le fait de personnalités en souffrance.
Enfin, l’expression de « pratiques excessives » est ambiguë. Une utilisation intensive des écrans jugée excessive par rapport à la moyenne n'est pas forcément un comportement pathologique, et elle peut même constituer un support de création, de socialisation et d’enrichissement . Il convient donc de toujours faire la différence entre les usages passionnels qui enrichissent la vie et les usages pathologiques qui l’appauvrissent.
S’agissant des réseaux sociaux, un sentiment important de solitude lié à une faible estime de soi peut entraîner un usage problématique. Le principal danger est d’y mettre trop d’informations personnelles, et/ou d’y passer trop de temps. Une éducation à ce média est indispensable pour les mettre en garde contre l’utilisation des données personnelles des utilisateurs à leur insu, et le danger de photographies qui peuvent avoir des effets négatifs à long terme, notamment dans la recherche ultérieure d’un travail.
L’académie américaine de pédiatrie conseille de limiter l’usage des écrans distractifs à une à deux heures par jour… mais sans aucun effet sur les pratiques : aux Etats Unis, les 8-18 ans consacrent plus de 7h30 par jour à l’usage, essentiellement récréatif, d’un écran ou d’un autre.

Des repères clairs après 12 ans

  • Le jeune adolescent peut commencer à « surfer » seul sur la toile, à condition d'avoir compris et assimilé les règles précédentes. Néanmoins, adoptez certaines règles d'usage, convenez ensemble d'horaires prédéfinis de navigation, ne laissez pas votre enfant avoir une connexion nocturne illimitée à l’Internet depuis sa chambre. S’il vous demande de supprimer toute forme de contrôle, réfléchissez bien à ce qu’il peut trouver sur Internet avant de décider que cela est acceptable.
  • Ne pensez pas qu’il est trop tard pour renforcer les limites ou apprendre à votre enfant des choses au sujet des technologies numériques. Il a beau afficher devant vous qu’il sait tout et n’a pas besoin de conseils, souvenez-vous que les jeunes sont toujours heureux que leurs parents montrent la préoccupation qu’ils ont d’eux : même si votre enfant semble refuser vos conseils, il est touché par le fait que vous lui en donniez. Prenez alors toutes les occasions possibles pour parler avec lui de ce qu’il trouve sur Internet, notamment au sujet de sa santé et de l’image qu’il a de lui-même. L’adolescence est en effet un âge où le jeune est très préoccupé de la représentation de lui qu’il donne aux autres, et c’est un âge où il est particulièrement vulnérable à des mauvais conseils concernant sa santé.
  • Discutez avec lui du téléchargement et des plagiats jusqu’à ce qu’il ait compris ce qui est légal et ce qui ne l’est pas et que la loi commune s’applique sur Internet.
  • Discutez avec lui de la manière de se conduire par rapport à des informations pénibles ou des conversations douteuses qu’il trouve sur Internet : n’hésitez pas à parler avec lui de la pornographie et du harcèlement. Quand l’enfant grandit, la protection doit s’accompagner d’un discours qui l’invite non seulement à ne pas faire certaines choses, mais aussi à mettre des mots sur les raisons pour lesquelles il doit apprendre à s’en protéger. La protection qui lui est prodiguée doit bien se garder d’opposer sa faiblesse à la force supposée de l’adulte. Mieux vaut en particulier ne jamais dire à l’enfant qu’on lui interdit de voir certains programmes « parce qu’il est encore trop jeune » et que c’est « réservé aux adultes ». On produirait l’effet exactement opposé. Dans son désir « d’être grand », l’enfant s’empresserait de regarder ce qu’on lui interdit pour se prouver à lui-même qu’il n’est pas aussi jeune que ce que l’adulte le croit !
  • Parlez avec lui des limites que vous avez posées, afin d’être certain qu’il les ait bien comprises. Etablissez un contrat (oral) sur ses engagements, et notamment sur vos exigences en matière de résultats scolaires. Le meilleur signe d’alarme d’un usage problématique d’Internet reste les résultats scolaires. Une chute brutale des notes est un indicateur qui doit être pris très au sérieux.
  • La question de Facebook doit être tranchée clairement : il est interdit avant 13 ans. Après cet âge, évitez de surveiller en cachette ce que votre adolescent y fait. C’est valable pour toutes ses activités sur Internet. Il a été montré que les jeunes dont c’est le cas s’en aperçoivent très vite et développent une stratégie de la dissimulation : ils ont plusieurs adresses courriel, changent régulièrement leur mot de passe, empruntent éventuellement l’adresse de leurs parents, et disposent de plusieurs pseudos qu’ils utilisent en fonction des situations. Ils ne se privent pas non plus de changer d’âge et de sexe sur la toile. Leurs interactions sont de courte durée, et sans lendemain. Cette attitude correspond souvent au désir d’échapper à l’emprise du contrôle parental. Il n’est pas rare en effet que leurs parents soient plutôt inquiets concernant le monde extérieur et qu’ils les aient équipés pour les contrôler. Ils trompent ainsi la vigilance parentale .
  • Refusez d’être son « ami ». C’est un piège : il ne vous dirait plus rien de ce qu’il fait en prenant pour prétexte que vous êtes censé le savoir…
  • Si vous trouvez que votre enfant passe trop de temps sur les jeux vidéo ou Internet, alors que ses résultats scolaires sont satisfaisants, vous pouvez essayer de mieux comprendre ce qu’il y fait en lui posant trois questions.
  • A-t-il pensé à faire son métier dans les professions de jeux vidéo ? Si la réponse est oui, c’est bon signe, il faut l’y aider.
  • Lui arrive-t-il de fabriquer ses propres images, et notamment des films dans ses jeux ? Si c’est le cas, il y a peu de chance que le joueur soit enfermé dans une activité de jeu exclusivement sensori-motrice, compulsive et stéréotypée.
  • Enfin, joue-t-il seul ou avec d’autres ? Le cas où le jeune joue toujours seul, surtout dans les jeux en réseau, est le plus problématique. Celui où il joue avec ses camarades qu’il retrouve la journée est le cas le moins inquiétant. Car il fait alterner les rencontres réelles et les rencontres virtuelles et évolue avec son groupe d’âge. Entre les deux, il faut toujours encourager le jeune à rencontrer pour de vrai les autres joueurs avec lesquels il fait équipe dans le jeu.
     

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