AVANT 6 ans

Avant 6 ans, l’enfant a besoin de découvrir toutes ses possibilités: il est prioritaire qu’il ait des activités engageant ses dix doigts, pour développer son habileté motrice, et surtout son cerveau.
Le risque des écrans est en effet qu’ils accaparent toute son attention, tout son temps.
Il est important dès lors d’établir des règles claires sur le temps d’écrans, d’installer les écrans dans le salon, de préférer les jeux vidéos que l’on joue à plusieurs.
Sentez-vous le droit de fixer des limites.

Entre 3 et 6 ans
Les avantages des écrans

Certains jeux sur les écrans interactifs peuvent mettre à contribution deux types complémentaires d’intelligence : intuitive et hypothético-déductive. D’un côté, ils encouragent en effet la résolution intuitive des tâches et les apprentissages par essais et erreurs. Ce modèle se définit par trois caractéristiques :
- il ne s’agit pas de comprendre pour agir, mais d’agir pour comprendre, l’intelligence sensori-motrice dont le but est de réussir plus que de comprendre, y joue un rôle essentiel ;
- il repose sur le tâtonnement et la répétition d’essais dans lesquels l’erreur n’est jamais pénalisée ;
- il est plus collectif que solitaire dans la mesure où beaucoup de difficultés rencontrées ne peuvent être résolues qu’à plusieurs.
Mais d’un autre côté, les écrans interactifs sollicitent aussi la pensée hypothético-déductive, notamment en mettant à contribution la capacité d’anticipation et le retour d’expérience. Le joueur enchaîne alors les quatre moments successifs définis dans la méthode de Claude Bernard : l’observation, l’hypothèse, la manipulation du réel, puis à nouveau l’observation. C’est le cas dans de nombreux jeux de stratégie et d’aventure. La sollicitation de ces deux formes d’intelligence dépend du type de jeu, mais aussi de la personnalité du joueur et de ses choix personnels.
Les jeux vidéo sur consoles de salon peuvent être un support d’échanges familiaux.

Les dangers des écrans

S’agissant de la télévision, 80% des programmes regardés par les enfants de 3 à 12 ans ne leur sont pas spécifiquement destinés (source Médiamétrie 2011). Le caractère traumatique des écrans à cet âge est lié à trois causes souvent associées : d’abord leur très forte charge émotionnelle qui submerge l’enfant de sensations et d’émotions sans commune mesure avec celles auxquelles il est confronté dans sa vie quotidienne ; ensuite l’impossibilité de leur donner du sens, notamment par le fait que l’enfant est le plus souvent seul devant l’écran, ou avec de jeunes frères ou sœurs tout aussi démunis que lui ; et enfin l’incapacité dans laquelle se retrouve l’enfant de gérer cette situation potentiellement traumatique par le moyen du jeu, et cela d’autant plus qu’ayant été souvent exposé aux écrans dès son plus jeune âge, il n’a pas eu la possibilité de construire la capacité de jouer. Chez les enfants les plus jeunes, cette insécurité générée par les écrans s’accompagne en outre d’une attente de sécurisation qui ne vient évidemment jamais, avec le risque de provoquer des crises de rage et/ou de désespoir aussitôt que l’écran est éteint.
S’agissant des jeux vidéo, il est très important que l’enfant ait aussi des activités engageant ses dix doigts, pour développer l’habileté motrice, mais surtout permettre la maturation des régions cérébrales concernées. Les jeux vidéo ne peuvent donc pas se substituer aux activités traditionnelles. Par ailleurs, le problème est qu’aussitôt qu’ils sont introduits dans la vie de l’enfant, ils risquent d’accaparer toute son attention. Ils posent en particulier un problème lorsqu’ils sont utilisés pour fuir le monde concret. Ce danger est moins lié au jeu lui-même qu’au choix d’une certaine façon de jouer. En effet, chaque joueur peut choisir de privilégier dans son jeu un modèle d’interactions. Soit il privilégie les interactions sensorielles et motrices (il surveille l’apparition de certains objets sur son écran afin de les faire disparaître, de s’en emparer ou de les classer) ; soit il privilégie les interactions émotionnelles et narratives à travers lesquelles il se raconte une histoire sur le modèle des « livres dont vous êtes le héros ». Un équilibre entre les deux formes d’interactions (sensori- motrices et narratives) correspond à  un jeu socialisant qui augmente en parallèle les capacités mentales liées à la culture du livre et celles qui sont liées à la culture des écrans. Au contraire, le fait de privilégier exclusivement les interactions sensori-motrices correspond à un jeu appauvrissant et constitue le plus souvent une forme de fuite devant la réalité et un refuge.

Entre 3 et 6 ans, des repères clairs

  • Veillez à respecter les âges indiqués pour les programmes et les applications que votre enfant peut regarder. Renseignez-vous sur ces âges, mais également sur la description des films avant de les montrer à vos enfants, ce qui vous permettra, s’ils les regardent sans vous, de pouvoir plus facilement en parler avec eux ensuite.
  • Préférez toujours pour vos enfants les jeux vidéo où on joue à plusieurs dans la même pièce aux jeux qu’on joue seul. Les ordinateurs et consoles de salon peuvent être un support occasionnel de jeu en famille, voire d’apprentissages accompagnés, mais à cet âge, jouer seul sur une console personnelle devient rapidement stéréotypé et compulsif. L’enfant seul sur sa console privilégie rapidement l’intelligence opératoire sur l‘intelligence symbolique : il ne cherche pas à comprendre, mais à réussir, et la plupart des jeux lui permettent malheureusement de réussir de cette façon.
  • En outre, dans l’état actuel de la technologie, les consoles ne mettent à contribution que quelques doigts sur les dix que nous possédons. Or l'enfant développe son imagination en créant de ses propres mains, notamment par le dessin, le modelage et le jeu avec d’autres. Les automatismes de la console de jeu ne favorisent ni le développement de sa motricité fine, ni celui de sa créativité.
  • Proscrivez évidemment l’ordinateur dans la chambre, tout comme la télévision.
  • N’hésitez pas à expliquer vos choix aux baby-sitters, à vos propres parents, à votre ex-conjoint, aux adultes qui prennent soin de vos enfants, afin qu’ils adhèrent aux mêmes règles et que votre enfant soit confronté aux mêmes contraintes et aux mêmes autorisations de la part de chacun de ses interlocuteurs. Si vos parents décident d’appliquer d’autres règles que les vôtres quand vos enfants sont chez eux, c’est leur droit (sinon, ne leur confiez pas vos enfants !). Mais il est préférable que ce choix soit explicite entre vous et vos parents. Ne faites pas l’autruche ! Votre enfant aurait l’impression de transgresser vos règles avec ses grands-parents et  pourrait se sentir tenu à garder cela comme un secret. Quant aux grands-parents, il vaut évidemment mieux ne pas dire à l’enfant : « Je te laisse regarder la télévision plus longtemps que tes parents t’autorisent, mais à condition que tu ne leur dises rien ». L’enfant aurait l’impression qu’il risque de provoquer un conflit grave entre ses parents et ses grands-parents s’il évoque cette situation. L’enfant devra toute sa vie continuer à comprendre que les règles peuvent être différentes selon les lieux. Il n’est pas trop tôt pour le lui expliquer.
     

Pour poursuivre la lecture, télécharger le livre de la collection Temps d'arrêt : "Grandir avec les écrans, la règle 3-6-9-12" de Serge Tisseron

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