Les limites aident à grandir

Dès sa naissance, l’enfant a besoin d’un cadre et de limites autant que de liberté et d’autonomie. Cette réalité de limites et de frustrations se prolonge tout au long de la vie. Elle s’impose entre autres afin de réguler besoins, désirs, réalités… composantes inhérentes à la condition humaine.

Le moteur de notre vie repose sur le désir qui se fonde, lui, sur la frustration. Autrement dit, le manque permet à l’enfant de grandir, d’apprendre et de se construire. Par ailleurs, nos besoins doivent être réalisés, besoins qui varient en fonction de l’âge, du sexe, des capacités personnelles, des différences individuelles, des conditions sociales… Etre nourri, changé, se sentir en sécurité, reconnu par ses parents… sont autant de besoins qui imposent des conditions aptes à leur réalisation.

Dans notre société, désirs et besoins ont tendance à se confondre de plus en plus ; situation qui n’aide pas les parents dans leur tâche éducative.

Les limites structurent

La fonction première de l'éducation consiste pour chaque parent à organiser un cadre qui réponde aux besoins et aux rythmes de l’enfant et qui tienne compte partiellement de ses désirs, mais ni trop ni toujours. Le besoin de limites et de structures qu'a l’enfant soutient ses apprentissages progressifs en fonction de ses capacités mentales, de son état psychologique.

Au départ, on peut dire que l’enfant est prêt à tout pour satisfaire ses besoins et son plaisir. A sa naissance, le nourrisson n’a d’ailleurs pas conscience de sa propre individualité. Sa mère (ou la personne d’attachement) est donc tout pour lui, entièrement à lui. Peu à peu, grâce à la sécurité qu’il aura acquise, l’enfant apprend à se séparer de sa mère, à renoncer à l’idée qu’elle n’est pas toute à lui et à se tourner vers d’autres personnes.

Par exemple, il apprend à patienter quand il a faim. Cela lui sera possible s’il a fait l’expérience d’une attente récompensée par la réalisation de son besoin d’être nourri et de son désir d’être pris dans les bras. En quittant ceux-ci, l’enfant découvre son environnement, ses limites et celles que lui impose son entourage. Il les intégrera et les fera siennes peu à peu. Ce cheminement lui ouvre les portes de l’autonomie.

En grandissant, l’enfant fait l’expérience d’élargir son monde d’abord sous le regard protecteur et restrictif de ses parents, puis sous l’encadrement d’autres adultes référents et ensuite seul car il apprend les limites. C’est dans la relation à l’autre que l’enfant intègre graduellement les limites, qu’il construit sa personnalité et apprend à vivre ensemble avec d'autres, en famille, en collectivité et en société.

Les parents sont comme des digues qui évitent les débordements et amènent l’enfant à intégrer les règles et les lois. Mais parfois certaines situations compliquent ce rôle. Par exemple, certains parents craignent de perdre l’amour de leur enfant s’ils lui opposent une limite, un refus. En réalité, même s’il les accepte mal, l’enfant est rassuré par des règles claires et fermes. Une absence de règles, ou des règles qui changent sans cesse, ou sont respectées selon l’humeur, l’insécurise et ne lui donne pas l’assise nécessaire pour aller de l’avant.

D’autres parents craignent de jouer le « mauvais » rôle auprès de l’enfant s’ils se montrent personnellement plus sévères ou plus stricts que l'autre parent. C’est oublier que les rôles parentaux sont complémentaires, asymétriques et que c’est dans la différence que l’enfant se construit. L’unité de vue des parents quant aux limites est importante, mais l’enfant peut comprendre que les règles divergent dans ses différents univers de vie.

D’autres parents, en situation de séparation conjugale par exemple, préfèrent laisser tout faire à l’enfant, estimant qu’il vaut mieux préserver de tout conflit le peu de temps passé ensemble. Cette attitude qui peut être compréhensible est, pour l’enfant, une occasion manquée de construire sa sécurité de base.

L’adolescence amène les parents à réajuster le curseur des limites aux nouvelles réalités en jeu : besoin d’autonomie du jeune, besoin de se tester parmi ses pairs et de s'opposer aux parents. Il s’agit de rester ferme quant aux interdits et limites posées même si le dialogue est ouvert par ailleurs. Là encore, on voit bien l’importance de maintenir le cap de la limite car, sur ces balises, l’adolescent pourra se construire.

Les limites mises à mal par l’illusion du tout, tout de suite et toujours

Notre société prône la consommation comme gage de bonheur absolu : c’est oublier que, pour se construire, l’homme doit consentir à renoncer ; qu’il s’agit là d’un impératif de son fonctionnement psychique.

Le rôle des adultes est non seulement de montrer l’exemple en respectant les limites qui leur sont imposées en propre, mais également de se montrer critique face au discours consumériste qui laisse croire qu’on pourrait être satisfait pleinement et toujours. L’achat d’objets de substitution n’y change rien ; pas plus que le boulimique qui mange sans limite n’est rassasié.

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