Accepter de se sentir mal

Avec un adolescent, ce n'est jamais simple et ça va durer un bout de temps. Le tout est que vos disputes ne débouchent pas sur quelque chose d'irréparable. Il est important de reprendre une conversation interrompue sur un désaccord ou de retisser peu à peu de la confiance après qu'il (ou elle) vous ait joué un sale tour!
Survivre au tumulte généré par la croissance de votre ado exigera de toute façon que vous fournissiez un effort de longue haleine. Devoir vous soucier de votre enfant ne signifie pas cependant devenir fou! Vous avez le droit d'être désemparés. Personne n'est blindé; si cela vous perturbe trop, n'hésitez pas à vous faire aider.
La vie est un risque, le risque zéro n'existe pas. Soupesez si la situation doit vous mobiliser ou si vous pouvez fermer les yeux.
Quelles paroles ou actes vous sont-ils inacceptables ? Réagissez quand ça en vaut la peine, votre ado saura ainsi où est la ligne rouge. N'attendez pas et n'acceptez pas qu'il vous fasse souffrir de manière intolérable. Mettez-le en garde à titre préventif, posez des exigences éducatives et sanctionnez-le en cas de transgression. Tout cela créera en lui les barreaux d'une échelle qu'il utilisera pour se hisser vers plus de maturité.
Et puisque son manque de sérieux vous énerve, essayez autant que possible de le prendre au sérieux; ça l'aidera à grandir. Accordez-lui a priori votre confiance, posez-lui des questions pour mieux le comprendre et pour entamer une discussion respectueuse plutôt que de vous mettre directement dans la peau d'un flic.

"Ce week-end, ça a encore dérapé à la maison. Medi devait préparer un exposé avec deux copines. Il était chargé de préparer un panneau de présentation. Impossible d'avancer tant que les filles ne lui donnaient pas le texte. Chaque fois qu'il leur téléphonait, elles remettaient à plus tard. J'ai perdu mon sang-froid et lui ai dit que si ce texte n'était pas là dans l'heure, c'est moi qui appellerais. Mon mari est allé le trouver pour comprendre ce qui se passait. Medi lui a répondu qu'il en avait marre que je me mêle de son travail. Il paraît qu'il a dit à son père: «Même si Clara envoie ce texte à 11h du soir, maman est encore capable de faire ce panneau à ma place, durant la nuit». Le pire, c'est qu'il a raison. Il va falloir que je le lâche sans le laisser tomber. Y a du boulot!"

"Ma mère est venue nous chercher à l'école. Elle venait de s'acheter un nouveau CD de Manu Chao qu'elle a mis à fond. Elle chantait en roulant. On aurait dit une gamine. J'avais trop honte! Elle voulait faire la sympa devant mes copines qui trouvaient ça plutôt drôle, mais moi je cherchais un truc pour casser sa joie, genre «Tu t'es payé le dernier Bruel?»"

"Les cigarettes de Benjamin ont une drôle d'odeur. Il dit que c'est de l'eucalyptus et que ça l'aide à réduire sa consommation de tabac. Pourtant, ça fait penser à du cannabis! En plus, il me jure qu'il déteste l'alcool, mais parfois il tient à peine sur ses jambes et son haleine empeste la bière! Je rêve ou non?"

"Luisa me mine la santé. J'ai téléphoné je ne sais pas combien de fois à la police pour la faire chercher en pleine nuit. Après la crise de samedi dernier, j'ai pleuré pendant des heures. Mon médecin voudrait que je me mette au vert. Mais qui surveillera ma fille?"
"Mon père est toujours scotché devant la télé ou l'ordi. Moi j'enrage, je tourne en rond avec ce qui me fout les boules : les profs qui vont trop vite et ne prennent pas le temps d'expliquer, ma copine qui fait les yeux doux à d'autres mecs... Qu'est-ce qu'il faut pour qu'il décroche de l'écran? Que je me jette par la fenêtre? Peut-être qu'il bougerait enfin son cul!"

"La maison, c'est pas l'hôtel! Jordan se sert comme si tout lui appartenait, et pour lui c'est normal! Pas un merci, pas un sourire. Je sais qu'il a besoin de trouver ses marques et qu'il a la tête ailleurs, mais ça, il faut le supporter!"

Pour plusieurs raisons, l'adolescent a besoin de faire réagir ses parents. D'abord, puisqu'il traverse des moments difficiles, il souhaite en faire profiter ses proches, en partie pour les enquiquiner et en partie pour ne pas être seul avec son malêtre. Il espère apaiser son agitation en la rendant contagieuse. Pour lui, le but du jeu est de vérifier, en exaspérant ses parents, s'ils tiennent encore vraiment à lui. En fait, il attend de ses parents une sorte d'accusé de réception de ses excès et provocations. D'ailleurs, tous ces excès et toutes ces provocations ne signifient pas nécessairement qu'un jeune va mal.
L'adolescent peut être saturé; cependant, mettre un père et une mère par terre ne lui servirait à rien pour grandir. Il cherche des adversaires vulnérables (c'est-à-dire humains...) qui prennent en compte le chaos intérieur ou la détresse exprimée par ses attaques. Il recherche des victoires aux points, pas par KO. L'adolescent est un agitateur, pas un tueur.
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