"À mauvaise foi, mauvaise foi et demie! C'est vrai, je vais jusqu'à jouer à l'avocat du diable. Quand un de mes fils arrive avec une nouvelle idée, je le pousse à argumenter, à décortiquer, à voir le problème sous un autre angle, à prendre en considération des données négligées... Bref, je ne le lâche pas. C'est devenu un jeu, on est pied à pied."
"Dès que j'ai l'air de ne pas prendre un truc au sérieux, ma mère sort le bazooka: «Tu vas doubler, perdre tes amis, rater ta vie». Ça me bloque et me démotive complètement. Et dans mon bulletin le prof a écrit : «Manque de confiance en soi»."
"Vanessa a l'art et la manière de gâcher nos discussions. Elle s'entête quand elle a tort, comme si avoir raison était pour elle une question de vie ou de mort. Pourtant, on ne cherche pas à la coincer ! Ignorer quelque chose ou se tromper, ce n'est pas catastrophique."
"Papa et moi, on adore le cinéma. Quand on y va ensemble, il n'est jamais d'accord avec ce que je pense du film. Il me dit que je fais ma maligne et que je suis trop jeune pour avoir une idée valable sur les gens et les choses. Ce n'est pas en me rabaissant qu'il va m'apprendre ce «sens critique» qu'il a sans arrêt à la bouche."
"D'abord, le judo. Ensuite, le foot. Puis la natation. Maintenant, le basket. Et demain, pourquoi pas le saut à l'élastique, l'alpinisme ou la plongée sous-marine? Depuis la rentrée, le cirque se répète. Antonin fait des pieds et des mains pour qu'on l'inscrive dans un club sportif et, un mois après, il laisse tout tomber! Ça nous coûte cher et c'est carrément «gonflant». Le pire, c'est que je crois sincèrement qu'il est, lui aussi, perdu dans ses désirs. Même s'il le redoute, il serait sans doute soulagé qu'on tranche un peu plus à sa place. On a bien essayé l'humour, qui marche généralement assez bien, mais ici il en est totalement dépourvu."
"Deux et deux font quatre. Un point c'est tout. Ma mère se gargarise avec ça pour me «prouver», comme elle dit, que je ne sais pas ce que je dis et ce que je veux. Et alors? Je ne suis pas un robot. Les profs sont déjà assez lourds comme ça avec leurs histoires de méthode."
Dans la tête d'un adolescent, ce n'est pas seulement le grand vent, voire la tempête, mais souvent le tumulte de plusieurs vents qui soufflent dans des directions opposées. De ce désordre interne émergent des idées et des désirs parfois chaotiques qui donnent lieu à des affirmations bancales et aléatoires au moyen desquelles le jeune essaie de construire un raisonnement que les adultes puissent valider. Il en va de même pour des relations amicales ou amoureuses qui cessent sans préavis ou des engouements éphémères pour des activités aussi vite rejetées qu'idolâtrées.
En recherche de leur voie, il est difficile pour les adolescents de faire preuve de cohérence: fragiles, ils veulent être acceptés et valorisés tels qu'ils sont ou dans ce qu'ils veulent bien montrer d'eux-mêmes. Ils craignent d'être jugés, démasqués ou de devoir s'expliquer sur des choix pas encore très clairs pour eux-mêmes.
En fait, chaque adolescent désire ardemment être reconnu mais aussi, avec autant d'énergie, ne pas être compris. Adorez-moi, mais ne cherchez pas à voir ce qu'il y a derrière ce que je vous montre.