"A 16 ans, je voulais de l'argent; j'ai arrêté l'école et mes parents m'ont laissé faire sans même qu'on en discute. Aujourd'hui, il m'arrive de regretter qu'ils ne m'aient pas forcé à continuer. à cet âge-là, on ne se rend pas compte. Je vois bien avec mon fils..."
"Quand mon père s'adresse à moi, je n'ai jamais l'impression qu'il me demande fermement quelque chose. On dirait qu'il me supplie. Ça fait pitié! Quand il fait ça, je le «nie» jusqu'à ce qu'il change de ton."
"Pendant notre jeunesse, nos parents ont su doser la confiance et les interdictions. Ils ne nous punissaient jamais par hasard. Ça nous aide bigrement pour élever nos trois fils adolescents. Croisons les doigts! Car on se rend compte que pour d'autres parents c'est nettement plus compliqué."
"Mon père et ma mère sont des taupes! Ils ne voient rien des conneries: ni les bières, ni mon maquillage, ni mes sales notes... Pour tout ça, j'ai la haine."
"J'ai dit à Corentin qu'il serait privé de sortie pendant une semaine. Deux jours plus tard, il a voulu rejoindre ses copains et j'ai cédé. J'ai du mal à tenir le coup. C'est comme si, au fond de moi, je n'avais plus envie de me battre. Il faut que je trouve quelqu'un qui m'aide."
"Je ne supporte plus mon père: «Tu ne dois pas faire ci, tu ne dois pas faire ça.» Une vraie horloge parlante qui serine des ordres! Il est qui, lui, pour me traiter comme ça? Je sais par mes grands-parents qu'il était feignant à l'école et qu'il ne leur obéissait pas. Alors, pour donner des leçons..."
"En prendre plein la figure, courber l'échine et se dire qu'après l'orage ce sera le ciel bleu? Et puis quoi encore! Je refuse que Sandra soit désagréable. Si ma fille a un problème, on en parle. Ça se passe comme ça à la maison et elle le sait. Les mots, oui. Les grimaces et crêpages de chignon, non."
"Parfois je confonds deux choses: violence et interdit. Comme si le simple fait d'interdire était en soi violent. Je suis pourtant toujours sidérée par l'apaisement que cela crée chez Thomas quand je me montre ferme et déterminée."
Pour pousser, tous les adolescents ont besoin de s'aventurer hors du champ parental. Que leur entourage le veuille ou non, ils se frottent de façon inévitable au risque et à la transgression, un peu comme les insectes sont attirés par la lumière. Cela leur fait peur tout en les fascinant. Une chose dangereuse ou interdite est toujours grisante... Les jeunes ont besoin d'être acteurs de ce qui leur arrive pour se sentir exister: le chemin de l'autonomie passe par l'examen, l'exploration et la mise en pratique des ressources de son corps et de son esprit. Les adolescents ont besoin d'apporter leur touche personnelle au cours des choses, à la marche du monde. Mais le sentiment de toute-puissance avec lequel ils s'enivrent parfois est voué à devoir composer avec des limites.
Le jeune se structure en percevant les limites fermes et chaleureuses de ses parents ou des professionnels auxquels ils demandent de l'aide quand ils se sentent eux-mêmes arrivés à une limite.