"Là, trop c'est trop: Justin rentre de plus en plus souvent couvert de bleus. Il esquive la conversation et prétend qu'il est tombé. J'ai plutôt l'impression qu'il est maltraité par d'autres jeunes et qu'il a peur de m'en parler. Cette idée m'angoisse, mais je ne veux pas en rester là. Je lui ai dit que je ne le croyais plus et que j'allais agir. Ce soir, j'appelle son père et demain je demande à rencontrer son prof."
"La rue... les gens... le monde... tout est dangereux. C'est comme ça que mes parents voient les choses. J'ai 14 ans, mais ma mère insiste pour m'accompagner partout. Ils ne me lâchent jamais: ils parlent de protection. Tant qu'ils y sont, pourquoi pas des gardes du corps et un gilet pare-balles? Ras-le-bol, je n'ai plus 8 ans!"
"Petit, Grégory était abonné aux hôpitaux. En commençant par le service pour prématurés. Aujourd'hui, c'est un adolescent plein de vie, mais on n'arrive pas à évacuer l'idée d'un enfant fragile. On essaye de pas avoir l'air inquiet, mais depuis qu'il sort, c'est pas évident.»
«Quand je pars au rugby, ma mère a l'air flippée! Je l'adore, mais pas question de sacrifier ce sport parce qu'elle m'imagine avec une jambe cassée. Qu'est-ce que ce sera le jour où je quitterai la maison pour prendre un appart?!"
"Après notre bagarre, Jean a claqué la porte et n'est pas rentré de la nuit. J'étais terriblement anxieux, mais je n'allais quand même pas contacter Child Focus. Finalement, son parrain m'a appelé pour me prévenir qu'il passait la nuit chez eux."
"Quand Magali m'a raconté la manière dont elle a répondu à ce type, j'étais fier d'elle et me suis rendu compte qu'elle était devenue grande, ma petite chérie! Et dire que parfois j'ai l'impression de ne rien lui avoir transmis."
"Quand ma mère m'a dit pour la vingtième fois: «Tu sais bien que je ne dors pas tant que tu n'es pas rentré», je lui ai répondu que c'était son affaire et j'ai claqué la porte. Chacun son job: je rentre à l'heure convenue, qu'elle gère ses insomnies!"
La
rencontre entre l'adolescent et le risque ne peut pas être évitée. Il a
besoin de faire des expériences qui le font frémir, de joie autant que
de peur, et dont il ne maîtrise pas forcément le déroulement et les
conséquences. Il développe de la sorte sa capacité à penser, agir,
sentir, choisir et faire des projets. Cette recherche par le biais de
sensations fortes est parfois déstabilisante pour l'entourage, mais
rarement catastrophique. En ce sens, la confiance que lui font ses
parents l'aide à développer son autonomie.
Les comportements
dangereux qui suscitent et entretiennent l'angoisse parentale ne
doivent pas occulter un point essentiel: les parents imaginent parfois
des dangers qui n'ont aucune existence dans la réalité. Or, si
l'adolescent a parfois besoin d'énerver ses parents pour tester leur
capacité à avoir du répondant, leur inquiétude permanente est
contre-productive: elle agit comme un frein sur la croissance du jeune,
qui a besoin de sentir que ses parents sont suffisamment solides pour
survivre à ses prises d'autonomie et, à terme, à son départ de la
maison familiale. Cependant, certains adolescents font rimer la prise
de risques avec la contrainte et le déplaisir, la souffrance
psychologique. Ils maltraitent leur corps faute de pouvoir l'investir
positivement: automutilation, anorexie, boulimie, tentatives de
suicide. Face à ces adolescents, l'angoisse des parents est justifiée,
mais ne devrait pas les envahir au point de les sidérer et de les
empêcher de demander de l'aide à un professionnel.