Relativiser, relativiser

Personne ne grandit en restant figé comme une momie. Le tout-petit remue dans son berceau, puis trottine, et ses parents sourient davantage qu'ils ne s'inquiètent. L'enfant explore son environnement de façon plus hardie, sous le regard prudent mais calme de ses parents. Par contre, la bougeotte impulsive des adolescents, leur tendance à jouer les casse-cou, leur attitude d'opposition et leur goût pour le secret constituent une source d'angoisse fréquente pour les parents.
Certes, face à un jeune qui va mal et part en vrille, il est impossible de ne pas se ronger les sangs. Comment rester de marbre s'il collectionne les ecchymoses et refuse d'en parler, s'il s'alcoolise de façon abusive, ou encore s'il éclate en sanglots au beau milieu d'un repas en famille, enfourche sa mobylette et part en trombe?
Inutile cependant que les parents soient terrassés à la moindre alerte. L'inquiétude, c'est comme les alarmes de voiture : ça a l'inconvénient de se déclencher pour un rien, donc d'être fort peu efficace.
Si votre adolescent peut susciter votre angoisse, pour l'essentiel c'est en vous que cela se passe. Comment gérez-vous la solitude, le silence, l'absence et, à l'inverse, comment faitesvous face à ce qui envahit votre coeur et votre esprit, à ce qui fait effraction dans vos habitudes? Dans quelles circonstances vous arrive-t-il de perdre pied et auprès de qui pouvez-vous alors trouver de l'aide?

"Là, trop c'est trop: Justin rentre de plus en plus souvent couvert de bleus. Il esquive la conversation et prétend qu'il est tombé. J'ai plutôt l'impression qu'il est maltraité par d'autres jeunes et qu'il a peur de m'en parler. Cette idée m'angoisse, mais je ne veux pas en rester là. Je lui ai dit que je ne le croyais plus et que j'allais agir. Ce soir, j'appelle son père et demain je demande à rencontrer son prof."

"La rue... les gens... le monde... tout est dangereux. C'est comme ça que mes parents voient les choses. J'ai 14 ans, mais ma mère insiste pour m'accompagner partout. Ils ne me lâchent jamais: ils parlent de protection. Tant qu'ils y sont, pourquoi pas des gardes du corps et un gilet pare-balles? Ras-le-bol, je n'ai plus 8 ans!"

"Petit, Grégory était abonné aux hôpitaux. En commençant par le service pour prématurés. Aujourd'hui, c'est un adolescent plein de vie, mais on n'arrive pas à évacuer l'idée d'un enfant fragile. On essaye de pas avoir l'air inquiet, mais depuis qu'il sort, c'est pas évident.»

«Quand je pars au rugby, ma mère a l'air flippée! Je l'adore, mais pas question de sacrifier ce sport parce qu'elle m'imagine avec une jambe cassée. Qu'est-ce que ce sera le jour où je quitterai la maison pour prendre un appart?!"

"Après notre bagarre, Jean a claqué la porte et n'est pas rentré de la nuit. J'étais terriblement anxieux, mais je n'allais quand même pas contacter Child Focus. Finalement, son parrain m'a appelé pour me prévenir qu'il passait la nuit chez eux."

"Quand Magali m'a raconté la manière dont elle a répondu à ce type, j'étais fier d'elle et me suis rendu compte qu'elle était devenue grande, ma petite chérie! Et dire que parfois j'ai l'impression de ne rien lui avoir transmis."

"Quand ma mère m'a dit pour la vingtième fois: «Tu sais bien que je ne dors pas tant que tu n'es pas rentré», je lui ai répondu que c'était son affaire et j'ai claqué la porte. Chacun son job: je rentre à l'heure convenue, qu'elle gère ses insomnies!"

La rencontre entre l'adolescent et le risque ne peut pas être évitée. Il a besoin de faire des expériences qui le font frémir, de joie autant que de peur, et dont il ne maîtrise pas forcément le déroulement et les conséquences. Il développe de la sorte sa capacité à penser, agir, sentir, choisir et faire des projets. Cette recherche par le biais de sensations fortes est parfois déstabilisante pour l'entourage, mais rarement catastrophique. En ce sens, la confiance que lui font ses parents l'aide à développer son autonomie.
Les comportements dangereux qui suscitent et entretiennent l'angoisse parentale ne doivent pas occulter un point essentiel: les parents imaginent parfois des dangers qui n'ont aucune existence dans la réalité. Or, si l'adolescent a parfois besoin d'énerver ses parents pour tester leur capacité à avoir du répondant, leur inquiétude permanente est contre-productive: elle agit comme un frein sur la croissance du jeune, qui a besoin de sentir que ses parents sont suffisamment solides pour survivre à ses prises d'autonomie et, à terme, à son départ de la maison familiale. Cependant, certains adolescents font rimer la prise de risques avec la contrainte et le déplaisir, la souffrance psychologique. Ils maltraitent leur corps faute de pouvoir l'investir positivement: automutilation, anorexie, boulimie, tentatives de suicide. Face à ces adolescents, l'angoisse des parents est justifiée, mais ne devrait pas les envahir au point de les sidérer et de les empêcher de demander de l'aide à un professionnel.

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