"J'aime beaucoup mon jeune oncle paternel. Il a juste 8 ans de plus que moi. Heureusement qu'il est parfois là pour décoincer un peu mon père. Question sorties, vêtements, maquillage, musique... c'est toujours lui qui ouvre la discussion. Comme il est décorateur, ça lui donne une espèce d'autorité scientifique!"
"Les relations avec mes parents sont difficiles depuis des années. J'ai dû mettre de la distance, ce qui maintenant me permet d'avoir des relations juste correctes. Ça permet à mes fils de construire un lien avec leurs grands-parents. Ils savent qu'entre eux et moi il y a un gros contentieux mais ils savent aussi que j'essaye de ne pas tout mélanger: les enjeux ne sont pas les mêmes à une génération d'intervalle."
"Vivent les repas de famille! Une belle occasion d'entendre les frères de mon beau-père lui rappeler des souvenirs dont il ne nous a, évidemment, jamais parlé! On a les oreilles grandes ouvertes."
"Je suis incapable de parler de mon enfance à mes filles. C'était tellement dur et horrible. Pourquoi me questionnent-elles alors que j'ai tout fait pour que ce soit totalement différent chez nous?"
"J'aime bien ma grand-mère, mais depuis que mon grand-père est mort, j'ai peur d'aller chez elle. Les volets sont tout le temps fermés, il y a des photos de papy partout et il ne faut toucher à rien. On dirait un cimetière et un musée. L'angoisse!"
"Adeline admire son grand-père. Il lui raconte sa vie de manière rocambolesque, comme s'il avait navigué sur les sept mers et sauvé l'humanité. Nous, on sait que c'est faux mais on n'ose pas le dire à notre fille, d'autant plus qu'elle ignore que ce grand aventurier a fini par faire de la prison pour escroquerie. Comme elle est un peu loubarde dans l'âme, on se dit qu'elle risquerait de prendre le même chemin si elle apprenait la vérité. On a donc choisi de ne rien dire, mais est-ce vraiment une bonne idée?"
"Pourquoi n'y a-t-il pas de photos du mariage de mes parents?"
"Mon frère est arrivé effondré, il avait jeté le vélo de son fils. Je lui ai rappelé que notre père avait fait la même chose avec le sien."
L'adolescent ne fuit pas les adultes en bloc. Il a besoin d'interlocuteurs diversifiés, d'esprit ouvert et qui ne soient donc pas tout le temps sur son dos. La famille élargie peut pourvoir efficacement à cette nécessité.
Par ailleurs, un adolescent n'est plus un garçonnet ou une fillette: sa place dans la famille a changé. C'est en adulte en herbe qu'il considère les générations qui l'ont précédé et que les membres de celles-ci le voient désormais. Un jeune ne s'appuie pas seulement sur la cohérence de ses parents, mais aussi sur celle de sa famille entière. Pour conforter sa nouvelle place dans la succession des générations, il veut savoir qui est qui, et non plus uniquement recevoir de l'affection. C'est dire s'il est fondamental pour lui de passer du temps en famille hors ou en plus de ses parents et d'avoir des échanges avec les uns et les autres. L'adolescent a le droit d'exprimer sa curiosité, même s'il titille des zones d'ombre que l'on est réticent à aborder. Un jeune cerveau ne se construit pas seulement à l'école.