[Texte] Quelle est ma place dans la famille ?

Toute naissance est un bouleversement plus ou moins intense pour tous les membres de la famille. Le bébé quitte à tout jamais la sécurité et la chaleur du ventre maternel pour affronter la vie "extérieure" et ses nouveaux modes relationnels qu’elle impose. Les adultes deviennent alors parents ou parents d’un nouvel enfant. Une sacrée aventure!

Troublés, voire bousculés par l’accouchement, les parents le sont aussi par la première rencontre avec ce nouveau bébé. Un premier flot d'émotions où se mêlent tendresse et étonnement - parfois, la peur aussi - déferle en eux, suivi rapidement par d'autres sentiments concernant leur couple ou les éventuels autres enfants. Car, désormais, plus rien ne sera comme avant. L'équilibre souvent fragile, la belle harmonie qu'ils ont cultivée jour après jour viennent d'être bouleversés par l'arrivée de ce petit être et tout est à réinventer.

L'adulte a été bébé aussi…

Un tel bouillonnement provoque aussi chez les parents des questions et des réflexions liées à leur propre naissance et à leur toute petite enfance. Réveillées et éclairées par ce qu’ils vivent à leur tour en tant que parents, des émotions enfouies émergent à la conscience. Elles peuvent être agréables ou difficiles, ou les deux à la fois. Il arrive qu’elles prennent beaucoup de place et empêchent les jeunes parents d’être aussi disponibles qu’ils le voudraient pour leur bébé. Ce n’est pas forcément à l’arrivée du premier enfant qu’elles sont le plus fortes: le sexe du bébé, sa personnalité, le contexte dans lequel il a été conçu, les circonstances vécues durant la grossesse et autour de la naissance ont un impact important sur le réveil de la mémoire et le rappel de certains événements survenus antérieurement.

Nouvelle place dans la famille, nouvelle histoire…

Le ou les autres enfants de la famille ont à accueillir le petit frère ou la petite sœur. On sait que ça ne va pas tout seul… Outre le petit (ou grand) pincement cruel de la jalousie, un nouvel enfant oblige tous les autres à repenser leur place dans la fratrie mais aussi par rapport à chacun de leurs parents. Il y a des promotions mais aussi des renoncements. C’est aussi, ça grandir. Tout l’agencement familial se réaménage pour faire la place au nouveau venu, et les liens qui se créent avec lui recomposent le puzzle familial, influencent le fonctionnement entre les membres de la tribu.

Ce nouvel aménagement s'impose d’ailleurs bien au-delà du noyau parents-enfants. Un enfant peut ouvrir une génération et "donner naissance" à des grands-parents tout neufs qui vont devoir trouver leur place, s'inventer une nouvelle histoire familiale. Lucie a toujours eu fort besoin de sa mère. A la naissance de Clara, elle comptait fort sur elle. Puis, bizarrement, elle s'est rendu compte que la présence de sa mère commençait à fortement l'agacer. Sa sollicitude l'encombrait… "Je n'osais pas lui dire, certains jours, que je préférais qu'elle ne vienne pas. J'avais peur de la blesser, peur qu'elle ne pense que je la rejette. J'avais besoin de la savoir disponible mais je ne voulais plus qu'elle me donne à tout bout de champ son avis sur la façon dont je m’y prenais avec Clara."

Lucie voulait trouver, en somme, sa propre autonomie de mère tout en sentant sa mère à ses côtés pourvu qu'elle ne lui dicte pas ce qu'il faut faire. Un exercice difficile à demander à une grand-mère toute neuve et enthousiaste! D’autres membres de la famille se découvrent tout à coup oncle ou tante.
Tout cela paraît banal et pourtant ces nouveaux statuts ne posent pas que la question d'amour et de cadeaux à donner à l'enfant. Etre brusquement poussé dans une autre génération nous confronte à des questions qui touchent à l’identité, au vieillissement, à sa propre fécondité…

Des fardeaux inutiles

Il y a, d’une génération à l’autre, des bagages que l'on transmet et c'est ce qui crée une certaine continuité. Mais il existe aussi des choses que l'on peut refuser, abandonner au bord de la voie familiale.

Les événements familiaux (naissances, décès, maladies, retrouvailles, mais aussi parfois de simples paroles dites à un moment précis…), quand on peut sortir des émotions qui les accompagnent souvent, sont des occasions de réfléchir à ce que l'on ressent, de se souvenir, de faire des liens entre divers éléments de notre histoire… Et de prendre ainsi conscience que l'on se construit d’un tas de choses héritées du passé mais aussi glanées tout au long du parcours de la vie. C'est donc un moment privilégié pour s'interroger sur les rapports que l'on a vécus ou vit avec la génération précédente, reconnaître ce qui a pu ou reste encore difficile. La peur de juger ou de trahir nos parents, grands-parents ou autres aînés nous pousse souvent à idéaliser les liens que l'on a tissés avec eux, une idéalisation fâcheuse parce qu'elle risque de nous enfermer et de nous empêcher "d'inventer" nos relations à la génération suivante.

Parfois, à l’inverse, vouloir à tout prix se démarquer ne permet pas toujours de tracer sa propre voie. Comprendre la rivalité vécue avec la mère, décoder les peurs induites par le père, s'interroger sur le sentiment de jalousie avec lequel on a grandi… Autant de nœuds à défaire, autant de fardeaux dont on peut se débarrasser pour pouvoir ensuite établir les relations les plus vivifiantes possibles avec ses enfants. Afin que ceux-ci, à leur tour, puissent, toujours le plus librement possible, investir le lien à leurs propres enfants.

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