Discussion
« maman, attache-toi, ou je le dis à papa »
La campagne de sécurité routière de l’IBSR qui a jalonné nos routes belges en octobre dernier fait réagir les spécialistes.
Diane Drory, psychanalyste, y voit à l’œuvre parentalisation de l’enfant, infantilisation du père, appel public à un mode éducatif basé sur la délation. En contre point, Jean De Munck porte un regard, comme père de famille et aussi comme sociologue, soulignant dans cette campagne l’accent mis sur l’autorité parentale conjointe, la légitimation actuelle du rôle de la femme dans la fonction d’autorité. De l’injonction de l’enfant mis en scène «Papa, attache-toi, ou je le dis à maman » , il en souligne un principe essentiel en éducation: la question la différenciation.
Qu’en pensez-vous ?
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Commentaires
campagne sécurité routière
Cette campagne est effectivement marquée, comme tant d'autres conçues par l'IBSR, par l'infantilisation et la maladresse. Cette fragilisation transgénérationnelle qui se revendique au travers de la dénonciation du parent par l'enfant, place celui-ci en position de toute-puissance et de complice d'un des parents contre l'autre. On aurait pu faire pire encore et imaginer un enfant faisant punir son aîné ou son cadet en le dénonçant aux parents... Ce n'est pas en essayant des explications compliquées qu'on va rendre cet affichage meilleur.
Cordialement
Pr. Pierre Thys
Criminologie
ULg
campagne IBSR
Le message est clair, mais pas très heureux. Ce n'est tout de même pas le rôle des enfants de remettre leurs parents à l'ordre.
Se trompe-t-on de cible ? A mon avis, oui. Et qq part, on enfonce le clou des parents ados (que même les enfants doivent rappeler à l'ordre ?) et des enfants rois (que les parents n'osent plus contredire ?).
Et si on en revenait à l'essentiel du message : conducteurs et passagers, attachez-vous !
Campagne IBSR
Une brève réaction aux réactions : il me paraît franchement abusif de projeter, par une telle charge interprétative, une telle "profondeur" psycho-sociale à une petite phrase qui rappelle d'abord l'humour caractéristique des enfants qui savent parfaitement, dans la plupart des cas, "qui commande". C'est la raison pour laquelle ils peuvent justement se plaire à inverser fictivement les rôles, ce qui n'est qu'une confirmation selon moi du rapport d'autorité, dont, heureusement, ils sont par ailleurs capables de rire. Y voir la traduction consciente ou inconsciente des travers de notre société n'est que de l'interprétation sauvage, teintée d'un ressentiment contre l'époque. Ce ressentiment s'exprime tout particulièrement, en toute occasion qui lui est donnée, par l'identification des nouvelles figures "déviantes" : parents-ados, enfants-rois, enfants-parents,etc.La vraie passion de ce ressentiment c'est la mise en ordre et le "chacun à sa place". Pitié pour nous, et pour l'inconscient du publicitaire de l'ISBR.
attachez-vous ou les enfants vont tout raconter...
D'une part, on peut voir dans cette campagne un renversement de l'autorité dans la famille. C'est vrai mais la campagne ne joue-t-elle pas sur une sorte de 2ème degré? Et puis, quel parent n'a jamais été confronté à une réaction de ce genre? L'enfant joue parfois sur les divergences de point de vue entre ses parents "Maman, encore occupée à manger du chocolat???" "Papa, maman ne serait pas contente si elle voyait ton pantalon tout sale..." et il est très facile de le remettre à sa place ou de dialoguer avec lui, à moins qu'on lui ait depuis longtemps accordé les pleins pouvoirs (dans ce cas, il ne reste sans doute plus qu'à assumer).
Je ne trouve pas cette campagne toxique : pas en tout cas comme toutes celles qui mettent les enfants au centre du pouvoir de décision (achat de voiture) ou qui culpabilisent les parents qui ne donnent pas aux enfants ce pouvoir.
De toute façon, les campagnes de l'IBSR sont toujours critiquées : normal, les grands enfants que nous sommes n'aiment pas obéir!!!
campagne ibsr
Je suis heureuse que les professionnels de la petite enfance réagissent.J'avais trouvé le contenu relationnel de ce message sans éthique et choquant. Je suis entièrement de l'avis de monsieur P Thys. La relation parentale est agressée et je pense que les enfants ne peuvent pas faire la différence entre une pub et ce qui est de l'ordre d'une relation saine. Je me pose la question de savoir si l'enfant peut dénoncer les parents , peut t'il aussi dénoncer l'ensemble de son entourage, société y comprise? Une société vouée à la délation ? Hum! C'est extrapoler . Et choquant .Mais ...Quel contenu ce message publicitaire apporte t'il inconsciemment? Je pense que les parents sont là pour éduquer : c'est à dire " prendre soin de " et " poser un cadre de références". Mener sur un chemin de "tu peux" , "tu dois" et d'interdits majeurs.Leur travail de parent est assez compliqué sans y ajouter des messages publicitaires tendancieux. Quant aux enfants , leur job est de jouer et il serait regretable qu'ils soient les parents de leurs parents.
Je suis également d'accord
Je suis également d'accord avec les commentaires de Mr Thys sur la parentalisation des enfants via cette campagne de prévention...
De plus, en tant que femme seule avec un enfant, je dois bien dire que cette campagne m'a parue fort ciblée sur les enfants vivant avec leurs deux parents...ou alors, pire, elle encouragerait les enfants déjà "déchirés " entre leur père et leur mère (en cas de séparation) à dénoncer l'un ou l'autre parent à l'ex compagnon ou compagne...Une grande partie des enfants vivent malheureusement une situation de séparation parentale et cette campagne, soit semble l'avoir oublié, soit n'a pas été très adroite vis à vis d'eux...ni vis à vis de leurs parents!
Cette publicité atteint son but principal
De prime abord, il s'agit d'une publicité "anodine" qui ne présente aucune logique sous-jacente, aucun message choquant. Pas de quoi s'affoler, diront certains.
Une seconde lecture met en évidence la place donnée à l'enfant dans la famille, sa parentalisation, comme Diane Dory le dit bien, ou un "habile" joueur de l'autorité, comme d'autres l'ont relevé. Entre les deux, ça se discute!
Une troisième lecture questionne le modèle éducatif basé sur la délation - cfr Diane Dory - et fait penser à une période sombre de l'histoire, assez récente. C'est plus inquiétant dans ce cas, voire immoral.
D'autres interprétations sont également proposées.
Mais finalement, quelque soit la lecture, cette publicité réussit à faire parler d'elle; en bien, en mal, peu importe. C'est le but recherché par le marketing actuel. Serions-nous tous "tombés dans le panneau"?
Jean-Marie Lacrosse, sociologue
Besoin d'aide pour un travail sociologique
Bonsoir Monsieur Lacrosse,
Je suis une étudiante en deuxième Communication à la Haute Ecole Libre du Hainaut Occidental à Tournai et je dois trouver de la documentation sur l'influence des images sexuelles passant à la télévision sur les enfants et les adolescents.
Avez-vous fait une étude sur ce sujet? Avez-vous des documents que vous pourriez m'envoyer par e-mail?
Je vous remercie d'avance,
Stéphanie Hanssens
stephaniehanssens [at] gmail [dot] com
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