Autour du décès de Noam
Suite au décès de Noam survenu il y a quelques semaines, l’équipe Sos-enfants du Sailfe invite à réfléchir aux questions suivantes. Le texte en fichier attaché met ces questions en perspective.
Suite au décès du petit Noam, les attaques envers le SAJ viendraient-elles pointer du doigt les limites d'un système? En gérant les aides dites négociées, celles que la justice ne contraint pas et celles dont les familles ne veulent pas ou du moins pas d'elles-mêmes, le SAJ désengorge la justice et triangule l'aide psycho-sociale. Mais, dans cette réalité, si de nombreuses aides peuvent être efficacement négociées, ne doit-on pas faire le constat qu'un grand nombre sont aussi victimes d'un chantage tacite (l'aide ou la justice) ? Entraînant des accords qui n'en sont pas. Outre la question des accords, se pose également la question des moyens à disposition des travailleurs sociaux et l'éthique qui les sous-tend. L'idéologie du lien familial aurait-elle dicté les fondations d'un système institutionnel créant ainsi un piège susceptible de se refermer sur lui-même?
| Fichier attaché | Taille |
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| Autour_du_deces_de_Noam.pdf | 107.49 Ko |







Commentaires
Vous posez de vraies et
Vous posez de vraies et bonnes questions. Dans les réunions pluri-disciplinaires, plates formes, concertations inter-institutionnelles…les commentaires sur le fonctionnement des SAJ et SPJ et TJ sont fréquentes. J’en retiens que les effectifs sont trop courts, que les travailleurs sociaux sont isolés, que le Turn Over est souvent élevé et que ces « équipes » manquent de pluridisciplinarité. On pourrait espérer que les dossiers (c’est ainsi que s’évoquent souvent les usagers) appartiennent à une équipe pluri et diversifiée dans l’ancienneté. De vraies équipes où chacun de ses membres est tiers à l’égard de l’autre (tiers circulant) et où les relations hiérarchiques font place à des relations équitables, respectueuses et bienveillantes durant l’évocation des situations. Des travailleurs sociaux engagés dans des actions auprès des familles qui soient l’application de réflexions d’équipe. C’est indispensable si l’on souhaite minimiser les interférences des résonnances et éviter l’auto-référencement dans les appréciations des besoins des familles. Ainsi, l’équipe peut aider chacun de ses membres à sortir des méconnaissances (acte inconscient de non-connaissance) qui risquent de le rendre partiellement aveugle. C’est probablement là que fleurissent les critiques régulièrement évoquées en l’absence des acteurs de ces services que nous ménageons, au nom de l’empathie que nous nourrissons à l’égard de l’indigence de leurs conditions de travail. C’est plus la mise en œuvre que le système plus qu’il faut revisiter. C’est davantage le management d’un secteur que des personnes qu’il faut interroger. Merci à votre équipe de cette invitation à penser avec l’espoir que nous ayons moins à panser. Vous interrogez justement le mythe de la famille qui peut tout réparer. Notre société doit affronter cette interpellante réalité sociale. Les psycho-sociaux ne pourront pas aller chercher les compétences de toutes les familles. L’état est alors en devoir de considérer leurs enfants comme les siens. Mais il doit aussi s’inquiéter de ce qui fit défaut sur le plan social de l’incapacité de ces familles d’être en charge de soins de leurs enfants. Ces questions ne peuvent progresser que dans la transversalité des regards et des politiques déployées en santé mentale, en formation scolaire, politiques de jeunesse….L’isolement des niveaux de pouvoirs que connait la Wallonie est responsable des retards de ces questionnements. Les questions que vous posez demandent d’être travaillées dans une triangulation d’approches cliniques, éthiques et politiques. Luc Fouarge, directeur de l’IMP 140, le Coga.
lettre de soutien au SAJ
Bonjour,
Je suis licenciée en Psycho clinique et regrette d avoir à partager votre questionnement lourd de conséquences et riche de sens. La vie est pleine de paradoxes. J'aurais aimé travailler dans votre équipe, mais étant licenciée, je ne répondais pas au profil du dernier appel d'offre (le seul que j ai eu la chance de voir en 5 ans, caché dans le moniteur belge si je me souviens bien et ne confond pas et nulle part ailleurs) malgré avoir même tenté de me procurer une équivalence de licence en graduat auprès l'ULB ce qui n'a pu avoir lieu. J'ai donc bien sûr été refusée par le Selor. Quel dommage, ce n'était et n'est pas la motivation qui manque. Problème 1. Problème 2 : je ne vois pas comment un thérapeute peut être responsable des actes de son patient. Il n'est pas juge. Et ne peut l'être en aucun cas, c'est un non sens. Il me semble que le but de toute thérapie est de responsabiliser un maximum son client en élargissant ses champs de questionnements, en discutant ses perceptions et les filtres défenses que chacun utilise. Il me semble que la question à poser est : qu'est ce qui fait que cette jeune femme n'a pas demandé d'aide lorsqu'elle s'est sentie débordée ? Seule là est votre responsabilité éthique et non pas culpabilité. A t elle été suffisamment informée? S'est elle sentie suffisamment soutenue? Est elle capable de reconnaître ses affects? Est elle capable de les exprimer? Peut être les juges devraient être plus psychologues.... par contre pour prendre les justes décisions et mieux vous accompagner dans votre mission.
Beaucoup de soutien à votre équipe. Je suis bien sûr ouverte à toute critique et espère ne pas dire trop de bétises !
Muriel W.
deux questions fondamentales
Merci pour votre réflexion qui analyse et décode bien tous nos mouvements affectifs là où nous imaginons penser avec notre seule intelligence.
Je reprends deux questions qui me semblent fondamentales. La première est celle de la notion de culpabilité. Il me semble que cette notion est en train de se dissoudre de plus en plus derrière des critiques sociales, sensées et souvent exactes, mais où la responsabilité individuelle risque de devenir de plus en plus réduite-et c'est dommage. Si un adolescent pose des actes violents, on va très vite parler de la violence de la société qui conduit les jeunes à agir ainsi, si c'est un adulte qui vole on parlera de l'injustice sociale qui pousse à prendre ce que les autres ont, si des enfants agressent, on parlera de l'ambiance sociétale, des parents et de l'école qui acceptent tout. Pourtant, reconnaître que chacun de nous a la liberté de poser un acte et en est responsable est le fondemenent de nos états. Ambiguité il y a aussi souvent, par exemple quand des enfants , lançant des pierres par jeu, blessent- ou même plus dramatiquement, tuent. Ils risquent un placement parce qu'ils ont commis quelque chose de grave. Des parents qui , dans un moment d'inattention, laissent un enfant se saisir du sac de sa maman et y prendre des médicaments seront jugés sans doute avec une certaine compréhension "c'est la fatalité"...les parents qui , dans les mêmes conditions, retrouvent leur enfant avec un comprimé de méthadone dans la bouche , seront regardés avec beaucoup moins de bienveillance et on sous-entendra vite que leurs enfants ne sont pas en sécurité.
Nous ne sommes pas du tout clair avec cette notion de responsabilité , encore moins de culpabilité.
Alors, attaquer un service, comme le SAJ, bien sûr, c'est facile- et, personnellement, je ne désire pas du tout leur renvoyer une part de culpabilité. Mais j'aimerais réfléchir sur cette autre grande ambiguité que constitue l'existence de ce service.
Je travaille comme psychologue depuis presque trente ans, dans un centre de santé mentale. J'ai donc eu l'occasion de rencontrer et des SAJ et des familles suivies par le SAJ, de demander au SAJ d'intervenir et de voir de près comment se passent les choses. Oui, il y a duperie organisée, non consciente j'imagine, mais réelle. Les familles acceptent l'aide pour ne pas passer au SPJ là où elles craignent ( à tort) que leur enfant soit placé. Et pourquoi? parce que très souvent,pour avoir l'accord des parents, le SAJ brandit cette menace!!!Et quelles mesures peut proposer le SAJ? le suivi par un psy, par exemple...Mais voir un enfant une heure par semaine alors qu'il vit toute la journée dans une famille qui dysfonctionne, est-ce que ça a vraiment un sens? Et puis, combien de fois la famille ne va-t-elle pas venir pour "être en ordre" une fois ou deux puis disparaître? Alors,faut-il vraiment ne rien changer dans l'organisation de la protection des enfants?
Pourquoi les personnes qui travaillent en SAJ ont accepté ces règles du jeu? Tout le monde, hors SAJ, sait que dans la plupart des cas, le travail sous ce contrat biaisé n'a aucune chance de donner des résultats. Donc, très certainement, tous les travailleurs des SAJ le savent aussi. Pourquoi certains hésitent-ils tant à faire passer les situations au SPJ? y a-t-il concurence? rivalité?
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