Le Conseil de l'Europe veut-il donner la fessée aux parents ?
Régulièrement, la question de la fessée revient au devant de l'actualité. Le Conseil de l'Europe, qui demande sa légifération, en a fait un de ces chevaux... de bataille, de cirque, de bois ?
Commençons par le plus simple. Tout le monde est d'accord pour dire que les châtiments corporels ne consistent pas en une bonne manière d'éduquer un enfant. Il revient aux pouvoirs publics de soutenir une éducation non violente.
La question est de savoir si l'interdiction légale des châtiments corporels est adéquate. Nous pensons qu'elle est non seulement inutile mais surtout contre productive. Voici pourquoi.
Une nouvelle législation inutile
En
Belgique, les enfants sont protégés par la Convention relative aux
droits de l'enfant (Art 19 ), notre constitution mentionne que « Chaque
enfant a droit au respect de son intégrité morale, physique, psychique
et sexuelle.(Art 2bis) et le code pénal incrimine les coups et
blessures et prend en compte à titre de circonstance aggravante le fait
que l'infraction ait été commise par un parent envers son enfant (Art
398 et suivant). C'est dire si l'arsenal législatif est important,
c'est dire à quel point la Secrétaire générale adjointe du Conseil de
l'Europe, Maud de Boer-Buquicchio est dans la confusion quand elle
déclare « En légalisant les châtiments corporels, on laisse penser
que... »(Le Soir du 3 juin 2009). Personne n'a jamais légalisé les
châtiments corporels !
Une démarche contre productrice et incohérente
Ajouter
une législation spécifique revient à indiquer aux parents que l'Etat va
sévir s'ils ne se comportent pas correctement. Analogiquement, cela
revient à menacer les parents d'une fessée.
Si l'on souhaite
promouvoir une éducation non-violente, il est indispensable de donner
l'exemple et de faire œuvre de créativité et considérer que les parents
cherchent à faire le mieux possible pour leurs enfants et non qu'ils
sont des individus à surveiller. Il est intéressant de voir à quel
point les parents sont choqués par cette démarche. En Nouvelle Zélande,
en 2009, lors d'un référendum, 87.6% de la population refusait une
telle législation. Un de leurs slogan indiquant bien le paradoxe de
telles initiatives : We Don't Need No Education, (http://www.voteno.org.nz/ )
Les
effets pervers de telles velléités législatives constituent la raison
principale pour laquelle la Coordination de l'Aide aux Victimes de
Maltraitance a officiellement remis en 2008 un avis négatif à leur
encontre (voir "Faut-il châtier les parents qui donnent une fessée ?" sur yapaka.be).
Laisser rouler le business mais stigmatiser les parents
Dans
les campagnes de prévention, il courant et facile de stigmatiser les
comportements individuels. Il est nettement plus compliqué de
s'attaquer aux mécanismes socio économiques qui ont souvent des effets
négatifs nettement plus problématiques sur les familles. Exemple : les
scientifiques ont maintenant bien pu montrer les dangers de la
télévision sur le développement des enfants de moins de trois ans. Or,
des chaînes spécifiques ont justement été créées pour ces enfants en
bas âge. Alors qu'elles pourraient être interdites, ici on estime que
les parents sont les mieux à même de savoir ce qui convient à leurs
enfants. Ce type d'attitude paradoxale se retrouve dans de nombreux
domaines telle la prévention de l'obésité ou la lutte contre le
tabagisme où le même émetteur signale son danger et en tire profit.
Quand des intérêts économiques sont en jeu, les instances
internationales sont nettement plus frileuses à se mobiliser. Oui, il
est plus simple de pointer le doigt sur les individus ; mais ceux qui,
chaque jour, sont en contact avec les familles savent à quel point seul
compte le patient tissage des liens et de la confiance.
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