Certains proposent d'organiser ce 25 mai une journée des enfants disparus .A cette occasion, une campagne massive est lancée en France sous le slogan « Défense d'enlever ».
Une vidéo de 36 secondes campe un contexte anxiogène. Sur fond sonore dramatique, défilent des affiches d'enfants disparus. Zoomant du singulier à la masse d'enlèvements, le message soutient que « personne n'est à l'abri ». Et, en terminant le spot par le message « Fugue, enlèvement, soyons vigilants », les initiateurs ajoutent une confusion entre des types de disparitions extrêmement différents. Tout ceci brouille encore davantage les repères émotionnels.
En effet, nous pensons qu'organiser une telle journée contribue à accroître l'anxiété de parents déjà fragilisés par la médiatisation de chaque disparition. Dès lors, ces parents hésitent à laisser à leur enfant la possibilité d'acquérir progressivement leur autonomie.
Du côté des enfants, il est également contreproductif d'évoquer un monde hostile et dangereux dans lequel ils doivent être sur leurs gardes. Comment grandir dans un tel monde ?
L'angoisse n'est jamais moteur de prévention ; laquelle repose plutôt sur la capacité de penser des adultes et des enfants et sur la transmission de la confiance en soi.
L'appel à témoin, soutenu dans la campagne d'affichage, participera aussi à augmenter l'état de vigilance et détricotera plus encore la solidarité et la confiance en l'autre. Nous pensons au contraire que la prévention doit privilégier le relationnel et renforcer la solidarité entre les adultes.
Qu'en pensez-vous?
Nous vous invitons à (re)lire le texte de Vincent Magos et Françoise Petitot « Halte à l'alerte » paru dans Libération le 08-02-2007
Commentaires
journée des enfants disparus
Ma fille a 19 mois et se montre particulièrement sociable et accueillante avec toute personne qui croise son chemin. Elle s'arrête, sourit et lache quelques bribes de syllabes qu'elle seule comprend mais qui lui vaut toujours des sourires en retour. L'autre jour, lors d'une promenade, une dame était assise sur un banc avec son compagnon. La petite s'est spontanément avancée vers elle et une fois à sa hauteur, a tendu les bras pour aller sur les genoux de cette personne. Mon mari et moi étions à ses côtés bien sûr. J'ai été partagée devant ce spectacle. D'une part, je trouvais cela formidable, quelle belle confiance en la vie et en les gens, en nous aussi bien sûr, jamais bien loin mais attentifs à la laisser grandir en autonomie. D'autre part, je me suis inquiétée de lui apprendre à faire la différence entre les personnes connues et inconnues. Aurore pourrait partir avec n'importe qui, lui donner la main et se laisser emmener, avec ou sans bonbons. Elle est encore jeune, trop tôt à mon goût pour lui faire peur avec mes angoisses d'adultes qu'elle ne comprendrait pas, je préfère compter sur notre vigilence. Il sera toujours temps de lui apprendre à faire cette différence lorsque son autonomie grandira encore et qu'elle restera plus longtemps sans papa et maman, en sortant de l'école, etc. Je vous rejoins donc tellement dans votre position, cessons de faire croire au parents et aux enfants que ce monde est insécurisant, dangereux, innatendu et persécuteur. Apprenons à accepter ses limites et les nôtres, aidons nos enfants à grandir en confiance et en raisonnement plutôt!
Merci pour votre article qui me conforte tant dans les réponses que je trouve aux nombreuses questions que je me pose...