Le déni de grossesse (conférence)

Si le corps est le messager privilégié de l’âme, il arrive parfois que son silence conduise le Sujet dans de l’impensable, où plus rien, ne semble avoir de sens. Rares sont les moments où nous pouvons prendre conscience de la force de la psyché et de sa communion avec le corps organes. Il existe des histoires où nous rencontrons un corps capable de trahir celui qui l’habite.

Le déni appartient justement à ces phénomènes difficilement saisissables et toujours interrogeables. « On n’en a pas fini avec le déni » devrions-nous dire en ouverture de cette réflexion, qui se veut avant tout, proposer un partage de pensées et de mots, là où résident le silence et l’irreprésentable.
Mais le déni ne se saisit pas facilement. Pour l’approcher, pour tenter de le décrypter, il nous faut nous armer de patience, et renoncer à saisir en l’homme une compréhension qui le figerait et l’étiquetterait dans des descriptions allant de la simple symptomatologie à une pathologie avérée.

Le déni, par les qualificatifs que nous pouvons lui accorder, est excessif, insupportable, inimaginable, étrange, cruel, dangereux, quand il n’est pas sidérant, confusant, perturbant, affolant. Nous le craignons le plus souvent, refusant même de croire à son existence, projetant là notre propre déni.

Et le déni de grossesse, capable d’arrêter le temps, le corps, la croissance, les maux, rendant l’enfant clandestin, le privant de sa réalité et parfois même de la vie, possède tous ces qualificatifs. La femme se trouve dans un état particulier où ses sens, ses éprouvés, sont anesthésiés. Elle ne sent pas son corps se transformer, elle ne le pense pas en métamorphose et vit comme si rien n’avait changé en elle. Autour d’elle, par contagion, personne ne semble en mesure de l’éveiller sur son état. Conjoint, amis, voisins, famille, collègues, tous sont ainsi trompés et c’est après, quand l’enfant se révèle, parfois mort, comme dans le cas des infanticides, que vient à la conscience que quelque chose n’a pas été vu, perçu, reçu. Et c’est le choc pour chacun, qui tente de refaire l’histoire à la recherche d’indices, qui auraient pu, auraient dus, être des alliés d’une prise de conscience.

Le déni par la violence de ce qu’il provoque, est un phénomène à prendre en compte collectivement pour l’inscrire dans notre pensée, lui donner sa dimension humaine, tout en refusant qu’il soit une fatalité et ce en vue d’une prévention la plus efficace possible.

Sophie Marinopoulos

Sophie Marinopoulos est psychologue clinicienne et psychanalyste. Elle exerce à l’Hôpital Mère Enfants du CHU de Nantes. Engagée dans la reconnaissance de la santé psychique comme faisant partie intégrante des questions de santé publique, elle est fondatrice de l’association pour la Prévention et la Promotion de la Santé Psychique (PPSP). Elle est l’auteur de nombreux livres dont, notamment, Le corps bavard, Fayard, 2007, Dans l'intimité des mères, Fayard, 2005

Date de l'événement - Début /fin: 
Mardi, 1 Mai, 2007 - 22:00 - 23:00
Intervenant: 

Sophie Marinopoulos

Adresse de l'événement: 
Boulevard Leopold II
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Yapaka
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