Ce que je peux te dire d'elles

La narratrice évoque de son enfance la difficulté de grandir dans la discontinuité de la disponibilité maternelle, avec les "hauts et les bas" de sa maman. Son vertige de tomber "par terre", de "se ratatiner" illustre la fonction phorique développée par Pierre Delion


"La nuit ressemble aux "bas" de Maman. Quand elle redescend lentement de ses somments d'amour et de joie. J'aime tant quand elle est là-haut. C'est vrai qu'elle a l'air un peu fou, mais elle est aussi folle de moi et je vois que ça. Là, elle me ressemble. C'est presque comme si elle avait mon âge. Elle joue avec moi, chante et danse avec moi. Elle m'emmène partout avec elle. Comme si une seule minute sans moi lui était insupportable. Je déborde de ses bras et de ses baisers. J'en suis remplie mais jamais rassasiée. Mille fois, elle peut répéter qu'elle m'aime, que je suis sa petite chérie, son trésor, sa petite loutre bleue. Et si je ne voyais pas la mine renfrognée de Babé, je pourrais presque oublier les bras qui me recueillent quand Maman est en bas. Parcque que lorsque ça arrive, régulièrement, moi aussi je tombe. Je tombe de ses bras, de ses lèvres, de son coeur. Sans être prévenue qu'elle va me lâcher. Je me retrouve ratatinée par terre. Quoi que je fasse. Même quand j'ai peur.

Mais je ne peux jamais prévoir."

PP 144   "Ce que je peux te dire d'elle", Anne ICART, Poche

Auteur: 
Anne Icart
Type de ressource: 
Roman