Comment comprendre qu’une mère puisse tuer ses propres enfants ?

Au cours de la grossesse, la plupart des femmes entrent peu à peu dans un état tout à fait particulier qui va leur permettre d’entrer en relation avec leur bébé. Cet état, que l’on nomme préoccupation maternelle primaire et qui se prolonge après la naissance, est la proximité qui permet à la mère de comprendre son enfant bien que celui-ci ne parle pas. Ainsi, la maman décode pleurs et babillages et apporte à l’enfant les soins nécessaires à ses besoins. Cette proximité, cette « layette psychique » aide également l’enfant à se construire un sentiment de sécurité qui, étayé par l’environnement familial et social, constitue la fondation sur laquelle il pourra s’appuyer toute sa vie durant.

Au fur et à mesure du développement de son enfant, la mère va l’aider à se séparer d’elle afin qu’il puisse s’ouvrir au monde. L’enfant va ainsi peu à peu réaliser que sa maman n’est pas toute à lui. En, effet, portant également son regard vers son conjoint, vers son travail, vers la vie sociale…, elle introduit quelque chose entre son enfant et elle. Ce tiers permettra à l’enfant de peu à peu porter son propre désir hors de la famille.

En lien avec son histoire, la maman a parfois des difficultés à introduire cet espace entre elle et son enfant. La plupart du temps elle y est aidée par l’entourage, son conjoint, la famille et l’organisation sociale, la crèche par exemple. Mais il peut arriver que ce ne soit pas le cas et que l’enfant reste tout pour sa maman ou encore que celle-ci soit en peine de le laisser prendre son autonomie. Ces situations peuvent entraîner plusieurs types de difficultés ; dans le langage courant on parle de cordons qui ne sont pas encore coupés ou de mères qui étouffent leur enfant. Celui-ci peut développer une personnalité de façade, voire s’effacer, ne pas exister psychiquement parlant. Cheminer à plusieurs donne de l’air tandis qu’une relation duelle pousse au duel, enferme, éteint…

Parmi ces situations, les plus extrêmes aboutissent à l’infanticide. Dans ce cas, la maman particulièrement perturbée ou déprimée n’imagine pas comment elle pourrait laisser vivre son enfant sans elle, dans un monde aussi moche que celui qu’elle voit au travers de sa dépression. Alors, dans un geste qu’elle peut même considérer comme un acte d’amour elle mettra fin à la vie de son enfant plutôt que de lui faire endurer la triste vie qui l’attend.

D’autres cas, plus rares encore, évoquent le personnage de Médée, laquelle a tout sacrifié pour l’homme qu’elle aime ; mais celui-ci en vient un jour à la trahir. La fin de leur vie commune correspond à la fin de sa vie à elle, tout comme elle reprend les enfants qu’elle lui a donnés. La langue française est bien étrange sur ce point : la mère donne naissance, l’épouse donne un enfant… Ce pouvoir extraordinaire a son terrible envers.

Notons encore la différence entre infanticide et néonaticide. L’infanticide relève d’une difficulté de se séparer d’un enfant déjà né. Par contre, le terme de néonaticide est utilisé pour les enfants tués au moment de la naissance dans un processus tel le déni de grossesse où la maman n’a même pas pris conscience qu’elle était enceinte. Dans l’infanticide, la maman est du point extrême d’une ambivalence qui existe pour toutes les mères, tandis que dans le déni de grossesse, la maman est clivée : deux parties indépendantes coexistent en elle sans ambivalence ni conflit.

La place du professionnel, de l’adulte

Au moment où un infanticide fait la Une de l’actualité, angoisses et questions reviennent à l’esprit tant des parents que des enfants, ceux-ci se demandant, par exemple, si une telle chose pourrait leur arriver. A ce moment, il importe d’accompagner l’enfant dans son questionnement, y compris en partageant avec lui ses propres inconnues plutôt que de répondre de manière faussée dans une toute-puissance imaginaire : « Ne t’en fais pas mon chéri, à nous jamais rien de tel n’arrivera ».

Effectivement, les adultes ne savent pas totalement de quoi l’avenir sera fait et cet avenir comprend une part d’angoisse. Parvenir à partager cela avec son enfant, c’est également l’aider à grandir et à se séparer d’une famille éternellement protectrice.

 

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