[Glané] Enfants médiatisés, enfants exposés

Un article publié sur Slate.fr, et dont des extraits sont repris ci-dessous, interroge l'exposition d'enfants sur des plateaux télévisés notamment pour parler d'actualité ou de question de société. L'exemple du garçon de 12 ans inscrit dans l'école à Conflans, qu'on interviewe dans bon nombre de médias sur l'attentat dont son enseignant a été victime ou cette petite fille transgenre vue dans un grand nombre d'émissions posent question.  

L'enfant, un symbole...
Ces deux exemples questionnent l'emballement médiatique autour de la parole des enfants ainsi que notre avidité d'adultes à entendre cette parole. Mais aussi les conséquences que cela peut avoir sur la vie actuelle et future de ces mineur·es, portés aux nues et érigés en symboles du vivre-ensemble.

Dans le cas de l'assassinat de Samuel Paty, nous sommes face à une situation vectrice d'émotions fortes avec une rupture du pacte républicain», souligne Laurence Corroy, professeure des universités en sciences de l'information et de la communication à l'université de Lorraine et spécialiste de l'éducation aux médias et à la santé. Elle précise: «Nous, adultes, avons besoin de cette parole rassurante de la part d'un jeune. Quand d'autres élèves auraient monnayé l'identité d'un professeur à un terroriste, nous avons besoin d'entendre ce type de discours d'une école réconciliée avec elle-même.»

...ou une future cible
Sans nul doute, le fait que des enfants témoignent à visage découvert sur des sujets ayant trait à leur propre identité et avec des éléments très intimes les met en danger et ce de plusieurs manières. «On vient de le priver de toute vie privée, constate amèrement Lyes Louffok au sujet de P. Il est devenu une cible potentielle, que ce soit de personnes malveillantes, de terroristes que des autres enfants. On a transposé des problématiques d'adultes dans la cour d'école.»

Laurence Corroy va plus loin: «Ces enfants ainsi exposés sont en quelque sorte pris en otage, non seulement dans des combats qui ne sont pas encore de leur âge mais aussi d'assignation d'identités médiatiques dont ils vont avoir beaucoup de mal à se défaire.» Elle insiste aussi sur l'effet dévastateur des commentaires en ligne et du cyberharcèlement qui peuvent être d'une violence à laquelle personne n'est jamais totalement préparé.

Le difficile retour à l'anonymat
Laurence Corroy surenchérit: «C'est un adolescent, il est encore en construction. Il peut arriver que cette célébrité soudaine abîme violemment ces jeunes une fois qu'ils retombent dans l'oubli. Ce fut le cas pour les premiers participants aux émissions de télé-réalité dans les années 2000…»

Ensuite, la quasi-impossibilité de respecter un droit à l'oubli pour ces enfants. «Explique-t-on vraiment à ces enfants que ce qu'ils disent aujourd'hui sera encore visible dans cinq ou dix ans?» s'interroge Laurence Corroy. Est-ce que, dans dix ans, Lilie voudra encore être cette petite fille qui aura contribué à ouvrir les consciences sur la transidentité ou voudra-t-elle être simplement une jeune femme qui vit sa vie hors de tout militantisme? Nul ne peut le savoir aujourd'hui.

Identités à protéger
«C'est important que les enfants puissent s'exprimer, explique Lyes Louffok. Mais leur parole doit être encadrée et leur identité protégée. Par exemple, privilégier la radio est une bonne idée. Dans tous les cas, il faut bien que les journalistes comprennent que d'une part, les intérêts des enfants peuvent diverger des intérêts des adultes et que, d'autre part, on n'interviewe pas un enfant de la même manière qu'un adulte.»

Découvrez l'article dans son intégralité sur slate.fr

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