[Billet Invité] Il était une fois l’Homme et l’Ecriture par Géraldine Henneaux et Françoise Estienne

 Il était une fois… l’Homme, un être particulier à bien des niveaux, notamment dans sa manière de communiquer et sa volonté de laisser une trace de son passage sur terre.    Un Homme que l’on suit à la trace …  De la gravure à la peinture, du parchemin des anciens aux nouvelles technologies de nos contemporains, rien ne lui échappe.  L’écriture est devenue son histoire.


Grâce à elle s’est organisée et hiérarchisée la société, les échanges commerciaux ont été facilités, les textes de lois divulgués, les rites magiques ainsi que les histoires des rois et des dieux transmis.


Des pictogrammes, l’homme est rapidement passé aux idéogrammes puis à un système de représentation phonétique débouchant sur les alphabets qui sont aujourd’hui utilisés à travers le monde.


L’écriture s’est modernisée , après la pierre, difficile à transporter elle s’insère dans Ipad et autres DVD.   Les tablettes d’argile deviennent des tablettes électroniques.


Pourquoi encore s’échiner à apprendre à nos enfants  l’écriture manuscrite ?


Un brin de nostalgie  … griffonner ses pensées tout en rêvant, écrire un mot à une personne qu’on aime, se délester de sa tristesse en la couchant sur le papier, renforcer notre caractère unique par une écriture qui nous ressemble ou encore transmettre aux générations futures un savoir ancestral.  


Un charme désuet que de recevoir une carte de vœux manuscrite plutôt qu’ un message électronique car, au-delà des mots, elle témoigne du temps et des efforts consentis par son expéditeur ? 


Que dire de la signature, fruit d’un long processus de maturation et habit de la personnalité, au profit d’une signature électronique dépersonnalisée ?
Qui a oublié  les efforts consentis lors de l’apprentissage de l’écriture mais surtout  la fierté rencontrée lorsque sortaient de leur plume ces caractères qui appartiennent au monde des grands.


Pas convaincus ?  Voyez plutôt


Avant d’accéder à l’écriture, le petit enfant  commence à gribouiller.  C’est ainsi qu’il va se rendre compte qu’il peut laisser une trace.  Il en éprouvera beaucoup  de satisfaction et n’aura qu’une envie : recommencer et contrôler cette main capable de tellement d’exploits.  Crayons de cire, crayons de bois, peinture, peu importe l’outil et le support pourvu que la découverte soit totale et les sens tenus en éveil. 


Par ailleurs, de récents travaux en neurosciences sont venus démontrer que les exercices d’écriture favoriseraient l’apprentissage de la lecture de l’écriture.


En effet un enfant qui trace une lettre cursive,  active les mêmes zones du cerveau que lorsqu’il doit reconnaître cette lettre en la lisant.  Ceci indique que la lecture ne fait pas appel à la seule mémoire visuelle mais aussi à la mémoire sensori-motrice.


En outre, ces mêmes travaux mettent en évidence le fait qu’à chaque lettre manuscrite correspond un seul mouvement alors qu’avec un clavier, la correspondance entre la forme de la lettre et le mouvement est tout à fait arbitraire : un mouvement identique peut aboutir à 2 lettres différentes tandis que la même touche peut être atteinte par des mouvements différents.  Rien dans le mouvement réalisé pour atteindre une touche ne renseigne donc sur la forme et l’orientation des lettres.


Alors, dites-nous à présent : faut-il encore apprendre à écrire ?


Géraldine Henneaux et Françoise Estienne

Cette réflexion se poursuit dans la journée d'étude Apprendre à Ecrire Aujourd'hui ?  (Samedi, 19 Octobre,) et/ou dans la lecture de J. L. VELAY et al., De la plume au clavier : Est-il toujours utile d’enseigner l’écriture manuscrite ? « Comprendre les apprentissages : Sciences cognitives et éducation » sous la direction de E. Gentaz et P. Dessus, Dunod, pp. 69-82, 2004.

 

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