[Livre] Les trésors de l'ennui

De l’ennui à l’expérience –
de l’expérience à la pensée –
de la pensée à la liberté d’être
 
En tant qu’éducateur, laissons nos enfants s’ennuyer et, quand nous nous inquiétons pour nos enfants, exclamons-nous avec Gustave Flaubert  :
« Connaissez-vous l’ennui ? Non pas cet ennui commun, banal, qui provient de la fainéantise ou de la maladie, mais cet ennui moderne qui ronge l’homme dans les entrailles, et d’un être intelligent, fait une ombre qui marche, un fantôme qui pense. Ah  ! Je vous plains si cette lèpre-là vous est connue. »
Voir son enfant devenir une « ombre qui marche » ou un « fantôme qui pense » comme un être inhabité, est une crainte qui saisit plus d’un parent. Pourtant, ce n’est pas l’ennui qui risque de conduire à cela.
Bien au contraire.

 

L’ennui appartient à un rythme relationnel qui structure la psyché de l’enfant.
L’ennui est une alternance de duo/solo.
L’ennui offre à l’enfant un espace-temps qui lui permet d’expérimenter son environnement et les objets qui le composent.
L’ennui est l’écart qui favorise le passage d’un corps de chair à un corps pensant.
L’ennui s’associe au manque ; le manque produit de l’expérience ; l’expérience permet une connaissance intime de soi.
Créer du temps pour l’ennui, c’est offrir des temps de pensée à l’enfant.
Créer de l’ennui est un acte parental refusant : refus de la sur-stimulation et de la surexcitation de l’enfant, refus de confondre l’être et l’avoir.
Créer des temps d’ennui, c’est permettre à l’enfant satisfait de s’apaiser.
Accepter l’ennui, c’est reconnaître à l’enfant et à l’adolescent des aptitudes créatives.
L’ennui est la rencontre avec soi-même, ses ressources et ses limites. L’ennui délimite et construit.
L’ennui conduit à une sécurité intérieure à l’origine de l’autonomie psychique, à la liberté d’être soi, au bonheur.
 
Toutes ces expériences prennent place dans le milieu familial, social, scolaire. Les temps d’ennui sont des temps précieux, uniques, constructifs, créatifs. Si nous arrivons à prendre conscience que les accélérations qu’exige notre époque sont incompatibles avec notre développement personnel et se font au détriment de notre être, nous pourrons penser autrement les temps de l’enfance, en prendre soin et les accompagner, pour un bonheur partagé.

[...]

In Sophie Marinopoulos, "Les trésors de l'ennui ",Temps d'arrêt, yapaka, novembre 2017, pp 56-58 

Ce livre Temps d'arrêt peut exceptionnellement être commandé par mail à yapaka@yapaka.be (pour la Belgique uniquement). Il est également téléchargeable en version PDF  et epub .

Ce livre de Sophie Marinopoulos, psychologue, analyse les vertus de l'ennui, comme l'essence de notre devenir. L'auteur questionne les transformations contemporaines qui font oublier la vitalité de l’ennui au point que les adultes peinent à laisser l'enfant "ne rien faire". Suivant le fil du développement de l’enfant et de l’adolescent, ce texte fonde la nécessité de la position parentale et éducative pour soutenir l’ennui à l’articulation du bonheur d’être soi et d’être au monde.
 

SOMMAIRE

L’ennui, source du plaisir d’être 

La quête du bonheur 

L’ennui, une nourriture de l’être 

La capacité d’être seul 

Du bain culturel au soutien social 

Culture néo-libérale et ennui 

Notre peur contemporaine du vide 

Sommes-nous satisfaits ou apaisés ? 

L’amour objet de consommation 

Adolescence et ennui 

La saturation prive nos enfants du bonheur d’être soi 

Comment les mots viennent à l’enfant 

De l’ennui à l’expérience – de l’expérience à la pensée – de la pensée à la liberté d’être 

Bibliographie

 
Numéro de collection: 
94

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