[Glané] Collé à son mobile

Le photographe Antoine Geiger propose sa  vision de notre rapport aux écrans que l'on peut voir ici et voici ce qu'il en dit :

« Surfake, et la lumière fût.»
Omniprésent  :  il  est  partout.  Dans  votre  poche,  votre  voiture,  votre appartement, votre rue.
Omnipotent  :  il  est  votre  meilleur  compagnon,  vous  y  mettez  tous vos potes, vos bons sentiments et vos photos de vacances.
Omniscient  :  véritable  couteau  suisse  du  21e  siècle,  sans  lui  on  est tous foutus.
L’écran est devenu une véritable extension biologique, au quotidien.
Par  la  technologie,  l’humanité  s’est  éloignée  de  l’animal  pour  mieux se  rapprocher  de  la  plante.  A  la  différence  que  l’homme  est  une plante mobile.
On s’est enraciné dans notre modernité. De plus en plus dépendants de sources extérieurs d’énergies, on est reliés, connectés de partout.
A  force  de  mondialisation  on  fini  par  chercher  nos  racines.  On branche   notre   mobile   et   nous   voilà   a   nouveau   greffer   à   notre cailloux.  Malgré  la  sédentarisation  des  modes  de  vie  occidentaux, subsiste le rêve d’un nomadisme effréné.

LA FUITE :
Alors on s’échappe.
Mieux que ca, on se projette.
C’est comme au cinema or cette fois-ci ça parle de vous.
On appui sur un bouton, l’écran s’allume, et c’est comme si le monde physique se mettait en stand-by.
Le spectacle peut commencer.
En fin de compte on ne s’échappe que de nous même.

Et puis on devient curateur de nos propre vie. Induisant qu’elle a un quelconque intérêt, on se réfugie   dans   un   certain   nombre   de comportements plus curieux les uns que les autres.
L’écran  fonctionne  comme  une  clope,  une  recharge  de Ventoline  ou une bouteille d’eau fraiche. I
l est de l’ordre du reflex, du sous-jacent, de   la   norme.   Il   apaise   la   conscience,   il   la   stimule,   l’ordonne, l’assouvie.
Vous n’avez pas le bras assez long pour votre ego, pas de problème le selfie stick est là. Et voilà comment les identités se meuvent en une somme   de   traductions   génériques   d’un   sentiment   commun.   Un alliage mouton/tournesol qui n’embête personne. L’écran de plus en plus plat, de plus en plus invisible et pourtant de plus en plus proche du  miroir  de  tant  de  fragiles  existences  qui,  en  croyant  s’ouvrir  au monde,  le  font  passer  par  un  entonnoir  teinté  type  filtre  Instagram.
Bienvenue dans la sub-culture de masse.

Le  petit  objet  anodin  qui  ronronne  dans  votre  sac  quand  on  vous appel,  qui  pleure  quand  il  n’a  plus  de  force,  quelle  place  occupe-t-il pour vous ? La sur-face, lisse, rassurante, devient sur-fake. Cette inter-face polymorphe (et pour cause) se transforme en un dialogue entre vos névroses  et  vos  psychoses.  Qui  est  qui  dans  l’histoire  ?  L’écran incarne  peut  être  une  partie  de  nos  vies,  et  avec  quel  talent,  il  est bientôt plus vrai que notre propre ‘carne’.
Alors.  Drôle  de  plante  que  l’homme,  qui  se  substitue  a  lui  même dans un curieux de match de ping-pong avec les pixels qui s’affolent comme une nuée de moucherons.

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