[Glané] « Papa, c’est qui Charlie ? »

Fusillade hier à la rédaction de Charlie Hebdo. Émotion, indignation… et questions de nos enfants aujourd’hui. Comment leur parler de ces sujets qui nous nouent la gorge ?

Nous reprenons ici l'article d'Estelle Watterman pour Le Ligueur

Le choc, l’injustice, l’horreur. La tristesse aussi. Et au milieu de cette pagaille de sentiments, nos petits bouts qui  nous demandent : « C’est qui, Charlie ? ».
Que répondre ? Comment leur expliquer cette fusillade à la rédaction de Charlie Hebdo ? Pouvons-nous fermer les yeux, leur fermer les yeux sur toutes les horreurs de ce monde ? La tentation est parfois grande de ne rien dire, de juste laisser passer… mais ce n’est pas la solution.
Le monde des Bisounours, ce n’est pas ici. Et bercer nos enfants d’illusions ne les aidera pas à grandir sereinement. « Se taire n’est certainement pas une bonne idée, confirme le psychanalyste Vincent Magos, responsable du programme Yapaka. Les enfants entendront certainement parler de cette fusillade à l’école ou dans un groupe qu’ils fréquentent et ils perçoivent très bien les émotions de leurs parents. Ils vont se demander pourquoi, ce soir, la télévision n’est pas allumée à l’heure du JT, comme d’habitude. Cacher ses émotions ne sert à rien. Cela voudrait dire que les émotions ne sont pas humaines. Les parents peuvent être émus et montrer qu’ils le sont. Se blinder n’a aucun intérêt dans ce genre de situation. »

Interdiction… de jouer ?

Alors, on respire un grand coup et on répond à nos petits (ou grands), tout simplement, avec des mots de leur âge et un vocabulaire qu’ils comprennent. « C’est terrible. On est touchés. Et dire les choses, cela permet à l’enfant de continuer à vivre en se rendant compte que ses parents peuvent être émus mais qu’ils restent parents parce qu’ils lui parlent. Parler de ces événements terribles permet de continuer à vivre ensemble : on va à l’école, on va chez grand-maman… »
« Ce qui est touché, au-delà de la liberté de parole, c’est la question du jeu, essentielle pour l’enfant et pour l’adulte dans sa vie quotidienne, poursuit Vincent Magos. Ce que faisait Charlie, c’est travailler avec nos angoisses et nos folies. Par le dessin, il transporte nos angoisses dans l’espace ludique. Rire de ce qui est catastrophique nous permet de vivre ensemble. La caricature nous fait jouer avec ce qui fait peur. Et ce jeu là est fondamental dans le social. Dans d’autres cultures, il y avait le fou du roi. Et sans le fou du roi, rien n’est possible, tout est serré. »
Oui, tout est serré. La gorge du journaliste Bertrand Henne ce matin sur la Première, ma gorge à moi, journaliste au Ligueur et maman qui a du mal à rester neutre ce matin en écrivant l’actu du jour.
Tout est serré… mais la vie continue. Mon article est quasi bouclé et la journée n'est pas finie. Tout est serré et un peu cassé aujourd’hui. Mais on sait qu’un crayon cassé en deux peut se retailler.

 

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