"Alerte enlèvement"

Partant des Etats-Unis en 1996, ce dispositif médiatico-policier
diffuse massivement l'alerte en cas d'enlèvement d'enfant : télévision,
radio, panneaux routiers, annonces sonores dans les gares, les métros,
les aéroports… participent à diffuser, après une sirène
caractéristique, le message d'alerte en continu et fait appel à la
coopération de la population.

La Belgique verra-t-elle également la mise en place de cette alliance entre police, média et citoyens ? Il en est question...

Nous vous proposons en lecture ce texte paru dans Le Soir (26-01-2007) et Libération (08-02-2007).

Que pensez-vous de l'amplification des dispositifs d'annonce de disparitions d'enfants et d'appel à témoin?

Halte à l'alerte.

par Vincent Magos et Françoise Petitot

En France, les sirènes d'alerte ont récemment retenti que les citoyens se mobilisent pour retrouver des enfants enlevés.

En
Belgique, il est fréquent de voir dans les transports en commun ou à
l'entrée des grandes surfaces des affichettes relatives à un enfant
disparu.

A
l'heure où les premières dames d'Europe se réunissent afin
d'intensifier et d'internationaliser pareils dispositifs, on ne peut
que s'alarmer de cette agitation, ces appels dramatiques à la vigilance
de la population dont l'utilité reste à démontrer.

Dans
les deux situations en France, les « ravisseurs » s'avèrent être une
adolescente que de multiples caméra de surveillance ont filmée et
montrée très attentive à l'enfant et un jeune déficient mental qui
avait voulu montrer sa « cabane ». Quant aux disparus belges, ils sont
le plus souvent fugueurs. Dans l'un ou l'autre cas, les services de
police ne seraient-ils pas à même de remplir adéquatement leur rôle ?

Mais la question de l'efficacité n'est pas seule en lice.

On
peut s'étonner et s'interroger du sens de ces appels à la mobilisation
générale, comme si l'ennemi pouvait être partout et nulle part. Ce
"Tous unis contre l'envahisseur " évoque certainement aux plus âgés
d'entre nous de tristes souvenirs.

Ce climat d'alerte nous paraît toxique au moins pour trois raisons.

L'appel
à la population pour participer à des actions policières nous semble
hautement questionnable sur le plan de la démocratie, laquelle se fonde
sur la solidarité et l'effort commun dans l'élaboration permanente d'un
« vivre ensemble ». A l'inverse, appeler régulièrement le citoyen à
courir derrière le délinquant revient à instiller un climat de
suspicion sinon à encourager les justiciers autoproclamés aujourd'hui,
les lynchages demains. La surenchère d'appel à témoin et à mobilisation
de l'État contrevient à son rôle d'éviter toute initiative qui augmente
l'émotion et les urgences médiatiques.

Quand elles sont le
fait de l'État ou de ses représentants, les confusions entre intérêt
général et particulier, entre fiction et réalité, entre intime et
public, entre divertissement, information et éducation contribuent au
brouillage des repères dont les effets effilochent le lien social…

Par
ailleurs, cette mise en avant a un effet anxiogène qui peut s'avérer
très problématique pour des parents déjà fragilisés ou d'autres qui ont
des difficultés à laisser à leurs enfant la possibilité d'acquérir
progressivement leur autonomie. Du côté de l'enfant on sait à quel
point l'angoisse de ses parents se transmet. Comment celui-ci
pourra-t-il trouver la sérénité dans un monde ou résonne régulièrement
pareilles sirènes ?

Les
figures du terroriste et du pédophile symbolisent actuellement le mal
extrême ; nous pensons qu'elles distraient des vraies questions liées à
la protection de l'enfance : le climat d'insécurité, de méfiance et de
suspicion qu'elles engendrent et leurs conséquences sur le rapport
enfant/adulte. De plus, mettre en exergue la figure du pédophile
ravisseur d'enfant, masque le fait que plus de 90% des situations de
maltraitance ou d'abus se déroulent dans les familles et leur
entourage.

Plutôt
que de crier au loup, les efforts ne devraient-ils pas avant tout être
portés dans les dispositifs de renforcement de la solidarité, de
soutien à la parentalité et d'appui aux professionnels de terrain ?

 

Vincent
Magos, psychanalyste, responsable de la Coordination de l'aide aux
victimes de maltraitance (Ministère de la Communauté française de
Belgique).

Françoise
Petitot, psychanalyste, rédactrice ce chef de La lettre de l'enfance et
de l'adolescence - Revue du Grape (dernier numéro: « Faut-il prévenir
les enfants ? » Ed Eres, paru en janvier 2007).

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