Faire violence à un enfant, c’est lui faire perdre sa foi dans les adultes et dans la vie

Mawda, petite fille Kurde de 2 ans est morte en Belgique dans une camionnette transportant des migrants interceptée près de Mons par la police, elle a été tuée par une balle.

Quand un tel évènement se passe, nous nous sentons tous impactés dans l'enfant qui est en nous. Cet impact interrogeant les fondements humains et démocratiques qui nous unissent.

Marie Rose Moro évoque dans son livre  "La violence envers les enfants, approche transculturelle", la manière dont chaque société prend soin de ses enfants. Nous vous invitons à (re)lire cet extrait (p.16) qui décrit la portée symbolique de la violence dans le psychisme humain. Face à un tel évènement, cette portée peut prendre une dimension collective.

"Le pouvoir traumatique de la violence indue est une attaque du symbolique. Chez le nourrisson, l’attaque du symbolique correspond le plus souvent à une attaque des théories infantiles. Pour l’enfant, les théories infantiles correspondent à un ensemble de croyances fondamentales et de lois que le bébé commence à bâtir dès les premiers mois de sa vie et sont le corollaire du développement de la pensée. Ce sont des croyances concernant les objets individuels d’amour et d’attachement, comme la présence de la mère ou la capacité des adultes à le protéger. 

Ce niveau ontologique concerne les soubassements de la nature humaine. Ainsi, on trouve les croyances concernant la perception individuelle qui s’installent très tôt et qui peuvent être détruites ou attaquées dans leur fondement par la violence : le sens du futur, la place dans les générations, dans la famille, dans la société et dans le monde. Ces perceptions qui ordonnent le monde de l’enfant concernent la perception de sa propre place mais aussi celles qu‘occupent les autres (soi par rapport aux autres) : celle des parents, celle de la construction du social, celle des autres dans cet environnement.

D’autres catégories peuvent être touchées tout au long du développement de l’enfant, comme le bien/le mal, la vérité/le mensonge... Voilà pourquoi la violence est redoutable, elle s’inscrit au niveau existentiel et en creux. Ses traces modifient la perception même du monde, des autres, des adultes. C’est aussi pour cela que l’on décrit dans les études épidémiologiques plus de dépression et de violence dans le devenir des enfants maltraités et violentés à qui on a déjà enlevé l’insouciance sur le moment et à l’âge adulte, le plaisir d’interagir et la foi dans la vie elle-même."

Extrait du livre Temps d'Arret "La violence envers les enfants, approche transculturelle" écrit par Marie Rose Moro et disponible gratuitement. 
Photo : Mathieu Golinvaux - Le Soir 

 

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