[Glané] Life360, l'application qui flique (et agace) les ados

De plus en plus de systèmes permettent de surveiller à distance adolescents et enfants. Du partage de la position gps sur Smartphone aux puces insérées dans les vêtements, les possibilités de suivre le moindre de leurs mouvements se multiplient. 
Si ces nouveaux moyens de contrôle séduisent nombre de parents, en offrant un sentiment (illusoire) de sécurité, cela interroge. Quels espaces de libertés restent-ils aux enfants? Comment grandir, s'autonomiser, explorer, expérimenter et construire la confiance lorsque chacun de nos déplacements sont analysés?

Dans cet article disponible sur Korii, des ados s'emparent des réseaux sociaux pour exprimer avec humour et dérision combien cette application gps entravent leurs premières expériences de libertés, leurs premières tentatives d'émancipation... Pas facile de faire ses premières expériences d'ado (faire le mur, sécher, sortir...) lorsqu'à tout moment, leurs parents ont les moyens de les localiser... 

"La fausse aide des dispositifs techniques"

[...] un marché foisonnant de dispositifs techniques vante l’utilité d’une surveillance totale de l’enfant. Pensons à tous ces gadgets, de la caméra à la montre géolocalisable, qui visent à garder un œil 24h/24 sur son enfant.
Chaque dispositif technique mérite d’être évalué à l’aulne de ce qu’il permet et de ce qu’il empêche dans le développement de l’enfant, vu à la lumière du mouvement de séparation qui vient d’être mentionné.
Le dispositif protège-t-il d’un danger extérieur plausible ? Tel un siège de sécurité auto mais pas un abri antiatomique.
Le dispositif protège-t-il l’enfant de lui-même, s’il n’est pas encore capable de prendre soin de lui ? Tels les barreaux d’un lit, la barrière d’une cage d’escalier.
Le dispositif vient-il au détriment de la relation et de la confiance dans l’autonomisation ?
Ce dernier point mérite un développement car de très nombreux produits misent sur l’angoisse parentale pour doper leur commercialisation. La figure emblématique serait le harnais (heureusement peu utilisé) qui tient l’enfant en laisse plutôt que de l’accompagner de la main et de la parole. On pourrait dire qu’il en va de même avec les GPS qui cherchent à le tracer ou avec les filtres Internet qui visent à éviter à l’enfant d’accéder à certains contenus.
Le baby-phone vient-il prolonger la préoccupation maternelle primaire ? Sert-il à veiller sur l’enfant malade ? Ou à calmer l’angoisse du parent, qui sans cela viendrait toutes les dix minutes vérifier que l’enfant est toujours en vie ? Chaque dispositif mérite d’être examiné dans son contexte ; il y aura toujours une tension entre vouloir protéger son enfant et en promouvoir l’autonomie, et l’angoisse parentale sera toujours perçue par l’enfant."
in Vincent Magos, "Prévenir la maltraitance", Temps d'arrêt 100, février 2018, pp 17-18

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