Le besoin de soutien des équipes

[...] De façon [plus] générale, la fonction phorique constitue une qualité fondamentale de tous les métiers de la relation humaine, puisqu’il s’agit d’une caractéristique de l’aide apportée à tout humain qui en a besoin quels que soient son âge, son statut, ses potentialités et ses symptômes.

Mais il serait mal venu de penser que cette fonction, sous le prétexte de sa spécificité, n’est pas également apportée aux personnes et aux équipes qui la dispensent aux autres. Pourtant il n’est pas rare de voir que les parents, les professionnels de l’aide, les personnes engagées à quelque titre que ce soit dans l’humain sont eux-mêmes privés en quelque sorte des bénéfices d’une fonction phorique qui leur permettrait de mieux satisfaire aux exigences de leurs missions.

Il en va ainsi dans le domaine encore peu exploré de la prévention de la souffrance psychique. Or, nous voyons aujourd’hui avec inquiétude dans bon nombre de services et institutions, l’abandon progressif d’un soutien minimal aux équipes chargées des missions difficiles (soins, précarité, éducation, pédagogie, justice…), voire une délégitimation de leurs actions. Ce n’est que dans la mesure où ces professionnels se sentiront eux-mêmes soutenus loyalement et «  pour de vrai » par leurs organismes tutélaires que la fonction d’accueil de la souffrance de l’autre pourra être

exercée de façon satisfaisante et donner lieu à de nombreuses figures possibles de la fonction phorique en tant que base de notre humanité partagée.

In Pierre Delion,  Être porté pour grandir, Temps d'arrêt PP, octobre 2019

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