Les Récrés Jeu t'aime

C'est quoi ? Installer un contenant (bacs, abri de jardin, container….) rempli d’objets quotidiens obsolètes tels que tissus, sacs, claviers, bacs… dans la cour de récréation et laisser librement les enfants y avoir accès pendant le temps de midi ou durant les après 4H.

Pourquoi ? Redonner aux cours de récréation leur aspect ludique en invitant les enfants à créer, à imaginer, à jouer...
Ce projet, en favorisant le jeu libre, rencontre beaucoup des objectifs de l'école : améliorer les capacités sociales, motrices et cognitives des enfants.

Mené depuis 2015, le projet a fait l'objet d'une étude exploratoire et a montré des effets positifs : 

  • Favorise le jeu libre et la créativité :
    Entre leurs mains, les objets se transforment et deviennent des supports à d'extraordinaires aventures, constructions, création. Les enfants renouent avec le plaisir du jeu libre : un bac devient bateau de pirates, des boites et cuillères en bois deviennent une batterie, des tissus sont assemblées pour former des cabanes... 
  • Diminution de l'ennui et des conduites dites "problématiques" :
    Les enfants sont occupés à jouer, trouvent des idées, et de facto l'ennui, qui est parfois une problématique centrale dans les cours de récréation, s'amenuise. Et lorsque l'ennui diminue, les comportements considérés comme problématiques (enlever des pavés dans la cour, jeux dans les toilettes...) baissent également. 
  • Favorise la coopération entres les enfants : 
    Les objets permettent aux enfants de se rassembler autour d'un jeu commun, d'une construction, d'une idée. Les petits se mélangent aux plus grands, les filles jouent avec les garçons et de nouvelles amitiés se tissent autour de ces supports. 
  • Changement dans la nature des conflits :
    Les enfants se disputent encore mais bien souvent parce qu'ils veulent le même objet. Mais, petit à petit, ils apprennent comment les régler par eux mêmes : se partage le temps d'utilisation de l'objet ou jouer ensemble. Les conflits ne sont plus larvés dans des histoires interpersonnelles qui surgissent souvent par ennui du vide des cours de récréation.
  • Les enfants timides s'imposent plus :
    Petit à petit, les enfants plus timides se montrent de plus en plus déterminés à défendre leur avis, à insister pour obtenir un objet, à s'imposer. Les jeux enclenchés par les objets, leur permettent également de s'intégrer plus facilement. 
  • Changement du rôle des adultes présents dans la cour de récré :
    Ces derniers se retrouvent moins dans un rôle de gendarme, doivent régler moins de conflits, qui sont d’une part moins présents et d’autre part, que les enfants règlent plus entre eux. Ils deviennent témoins de la créativité des enfants, de leur jeu et prennent plus de plaisir à être présents dans la cour. 

L'école Pleine Air d'Uccle raconte en vidéo l'euphorie et la toute nouvelle dynamique de la cour de récréationLes enfants racontent également en vidéo ce qu'ils vivent et pensent de ce projet.  
L'école de Mehagne a réalisé un petit film qui rend compte de l'atmosphère, des expériences ludiques, motrices, créatives...que les enfants vivent. Le film est à découvrir sur la page d'accueil du site de l'école
Un petit film tourné à l'école communale de Thieusies nous montre l'ambiance qui règne à présent dans la cour. 

                        

 

Mode d'emploi pour implanter les Récrés "Jeu t'aime" dans votre école

  • Présenter le projet à la direction. Son accord et son appui sont indispensables pour mobiliser l’équipe éducative et faire adhérer les parents au projet.
  • Désigner une personne (enseignant, accueillant, membre de la direction,...), un duo (par exemple enseignant/accueillant) voire un petit groupe responsable du projet dans l'école et qui pourra donc prendre des décisions le concernant. Etre à plusieurs autour du projet permettra de renforcer le dialogue et le travail d'équipe au sein de la communauté éducative de l'école. 
    Ce noyau s’assure que le projet avance, centralise les informations, les fait circuler, mobilise les collègues quand cela est nécessaire… 
  • Réunir l’équipe éducative pour présenter le projet et rappeler l’importance du jeu libre pour le développement des enfants. Des outils sont disponibles gratuitement : le livre de la collection Temps d'Arrêt « Jouer pour grandir » (S.Marinopoulos) à commander ou télécharger, un texte court peut être distribué. Un autre texte aborde également les aspects théoriques du projet : en quoi cela rencontre les besoins de l'enfant, quelle est la place de l'adulte... N'hésitez pas à puiser dans ces ressources qui peuvent servir de base à la discussion. D'autres ressources liées à la thématique du jeu se trouvent sur cette page (notamment les vidéos-interviews "Laisser l'enfant jouer pour lui apprendre à créer" et "Pourquoi laisser l'enfant jouer à la guerre").
    Un acteur local (coordination atl, amo, asbl utilisant le jeu, agent PMS,…) peut également être sollicité pour venir alimenter la réflexion d'équipe.
    Il est important de pouvoir écouter les différents points de vue, pouvoir entendre les éventuelles craintes et réticences. La liste des objets est un très bon point de départ pour apaiser ces potentielles inquiétudes : décider ensemble des objets qu’on garde ou pas. Au fil de l'expérience, quand les enfants s'habituent au matériel, que les adultes se sentent plus rassurés, la liste peut être revue et enrichie.  
  • Présenter le projet aux parents. Leur montrer les vidéos est une manière de rentrer directement au coeur du projet et de leur donner accès à la richesse, la créativité, le plaisir qui émanent de ce projet. De simples images peuvent d'emblée les convaincre de l’intérêt d’un tel dispositif pour leur enfant. Et pour les impliquer concrètement dans le projet : les inviter à chercher avec leur enfant des objets pour remplir le contenant. Une manière de revisiter cave et grenier et de les laisser choisir des objets appropriés (ni coupants, ni pointus…).
    Des canevas de lettres à adapter et la liste d’objets à leur adresser sont disponibles en téléchargement (en bas de cette page).
  • En parallèle de ce temps d’information, rechercher le contenant (auprès de la commune, des parents bricoleurs,...). L’expérience pilote a mis en évidence les solutions les plus adaptées, c'est à dire celles qui
     - permettent aux enfants une circulation en groupe et un «rangement» facile (pas de porte)
     - ne nécessitent pas la présence d’un adulte pour rentrer et sortir les objets 
     - préservent les objets de l’humidité (contenants soit fermés et aérés, soit abrités)
     - sont suffisamment grands pour accueillir des objets de toutes tailles et en quantité suffisante

        Par exemple de grands bacs en palettes (d'autres matériaux peuvent être utilisés) comme ceux-ci :

   

    

  • Récolter les objets. Demander aux parents permet de les impliquer concrètement dans le projet et de stimuler leur intérêt. Il est important de lister les objets recherchés (liste complète des objets en bas de page) : pneus, morceaux de gouttière, tissus, filets... et d'insister sur le fait qu'il n'y aura pas de "jouets" dans le contenant. Une casserole aura sa place, pas une dînette! 
    Les commerces du quartier, les donneries, les centres culturels, les théâtres, les parcs à conteneurs, les garages, les entreprises de matériaux… sont également de bonnes ressources pour dénicher des trésors. Et l'expérience montre que les gens sont intrigués par le projet, s'y intéressent et donnent très volontiers un coup de main.
  • Lancer le projet et ouvrir les portes du contenant. Il s'agira alors d'être particulièrement attentif et s’assurer que les objets ne deviennent pas dangereux (pointus…), il faudra jeter ce qui est trop abîmé, renouveler le stock en amenant de nouveaux objets… Des ajustements sont souvent nécessaires en fonction de ce qui est observé et de ce que les enfants rapportent : plus ou moins de temps de rangement, régulation de l’espace…

Des questions?

N'hésitez pas à nous contacter pour échanger vos questions, suggestions, réflexions... autour de ce projet : yapaka@yapaka.be 

L'origine du projet : 

Les Récrés "Jeu t'aime" sont inspirées d'un projet mené en Angleterre (Srapstore Playpod) et en France (La boîte à jouer). Les bénéfices présentés ci-dessous sont tirés d'une étude menée sur le projet en Grande-Bretagne il y a plusieurs années. 

Les enfants

  • Renouent pleinement avec le jeu libre. Ce dispositif leur donne l’opportunité et le temps de rejouer, entre autres aux jeux de faire semblant, essentiels à leur développement. 
  • Expriment et déploient toute leur créativité. Ils ont l’occasion de créer, rêver, imaginer,… seul ou en groupe et cela à l’infini. 
  • Ne manifestent plus d’ennui durant les récrés, ce qui diminue les comportements inadaptés. La présence d’objets évite que le corps de l’autre ne soit utilisé comme une chose.  
  • Sont tous intégrés, inclus dans les jeux, plus un seul ne reste à l’écart. Ce dispositif est un moyen de lutter contre les phénomènes de bouc émissaire, d’exclusion et donc potentiellement réduit le harcèlement. 
  • Collaborent, se rendent compte naturellement que la solidarité et l’entraide sont nécessaires afin de parvenir aux résultats souhaités. 
  • Se mélangent, se mettent à jouer hors de leur cercle habituel. Les séparations garçons/filles, grands/petits sont beaucoup moins marquées, les comportements genrés s’amenuisent. 
  • S’autorégulent et gèrent eux-mêmes leurs différends, ils font moins appel aux adultes pour régler leurs conflits.

Les enseignants

  • Constatent que les enfants progressent dans les compétences dites transversales (esprit de logique, créativité, abstraction,…). Ce qui peut avoir des répercussions sur les apprentissages scolaires. 
  • Se rendent compte de tout le potentiel créatif des enfants et le mettent à profit dans les apprentissages

Les adultes en charge des temps de récréation

  • Sont revalorisés dans leur rôle. En accordant de l’importance à ces temps de récréation, en les pensant, ils occupent une place différente, ils sont plus impliqués au sein de la communauté éducative. 
  • Doivent intervenir moins rapidement dans les conflits, les enfants faisant preuve de plus d’autonomie dans la recherche de solutions. 
  • Constatent moins de blessures durant la récréation, une fois la phase de démarrage terminée.
  • Changent leur rapport aux risques, ils se rendent compte de la capacité des enfants à les gérer.
  • Portent un nouveau regard sur les enfants, sur l’univers qui leur est propre, et cela renforce leur empathie à leur égard.

L’école

  • Dispose d’un soutien groupal, collectif, comme soutien aux élèves les plus en difficulté. En effet, quand certains enfants perturbent le fonctionnement scolaire par des troubles du comportement, de l’hyperactivité, des problèmes d’intégration, ce sont généralement des prises en charge individuelles telles que médication, suivis thérapeutiques, logopédiques qui sont privilégiées…Ce dispositif constitue une alternative à ces solutions spécifiques. 

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