[Audio] "L´enfant hyperactif, son développement et la prédiction de la délinquance"

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Enregistrement d'une conférence avec Pierre Delion
Dans un contexte social où priment parfois compétitivité, performance, rendement, consommation à tout crin et immédiateté… la question de l’hyperactivité de l’enfant se pose avec acuité. Comment comprendre cette « nouvelle » pathologie ? S’agit-il de traiter le symptôme ou d’être à l‘écoute de ce qu’il exprime ? Et comment venir en aide aux enfants en souffrance et à leur famille ?

La conférence de Pierre Delion vise à réfléchir aux articulations entre le social et la clinique à un moment où de nombreux pédopsychiatres et cliniciens dénoncent le risque de… [médicaliser] à l’extrême des phénomènes d’ordre éducatif, psychologique et social, [ce qui] entretient la confusion entre malaise social et souffrance psychique, voire maladie héréditaire.

La clinique doit en effet préserver la pluralité de ses approches médicale, psychologique, sociale, éducative,…dans une démarche de soin et d’accompagnement de l’enfant au sein de sa famille en prenant en compte la singularité de son histoire. Or, il s’organise aujourd’hui une tendance à des réponses normatives et linéaires. 

On assiste dès lors, sous couvert de « caution scientifique », à la tentative d’instrumentalisation des pratiques de soins dans le champ pédopsychiatrique à des fins de sécurité et d’ordre public. Le risque de dérive est patent : la détection systématique d’enfants « agités » dans les crèches, les écoles maternelles, au prétexte d’endiguer leur délinquance future, pourrait transformer ces établissements de lieux d’accueil ou d’éducation en lieux de traque aux yeux des parents, mettant en péril leur vocation sociale et le concept-même de prévention

La volonté apparaît d’une définition de l’hyperactivité et des troubles des conduites sous un concept générique des troubles du comportement proposant ainsi d’en circonscrire l’acception en référence à une norme comportementale et la mise en œuvre d’une réponse standardisée : l’application d’un programme en trois temps (le dépistage précoce, l’application de programmes psycho- sociaux et en cas d’échec de la seconde phase, le recours aux psychotropes). …

Avec une telle approche déterministe et suivant un implacable principe de linéarité, le moindre geste, les premières bêtises d’enfant risquent d’être interprétés comme l’expression d’une personnalité pathologique qu’il conviendrait de neutraliser au plus vite par une série de mesures associant rééducation et psychothérapie. A partir de six ans, l’administration de médicaments, psychostimulants, thymorégulateurs, antidépresseurs et pourquoi pas même neuroleptiques, devrait permettre de venir à bout des plus récalcitrants.

Or, un syndrome d’hyperactivité/hyperkinésie avec déficit de l’attention est le fruit, parmi l’ensemble des comportements possibles d’un enfant, de réalités cliniques et psychopathologiques radicalement différentes qui requiert un traitement spécifique à chaque situation. 

En stigmatisant comme pathologique toute manifestation vive d’opposition inhérente au développement psychique de l’enfant, en isolant les symptômes de leur signification dans le parcours de chacun, en les considérant comme facteurs prédictifs de délinquance, l’abord du développement singulier de l’être humain est nié et la pensée soignante robotisée. Au contraire, plutôt que de tenter le dressage ou le rabotage des comportements, il convient de reconnaître la souffrance psychique de certains enfants à travers leur subjectivité naissante et de leur permettre de bénéficier d’une palette thérapeutique la plus variée. Pour autant, tous les enfants n’en relèvent pas et les réponses aux problèmes de comportement se situent bien souvent dans le domaine éducatif, pédagogique ou social.

L’invitation à cette conférence avec Pierre Delion s’inscrit dans le cadre de ce débat.

Les citations reprises ci-dessus sont extraites de Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans, appel signé par de nombreux experts (dont Pierre Delion) en réponse au rapport de l’INSERM (France) sur le trouble des conduites chez l’enfant "Pas de 0 de conduite pour les enfants de 3 ans", collectif, Erès, juin 2006

Cette conférence s'est organisée en partenariat avec l' équipe SOS Parents-Enfants de Mouscron et le Conseil d'arrondissement de l'Aide à la Jeunesse de Tournai.

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