[Texte] « Je voudrais devenir un garçon » : les intervenants confrontés aux questionnements d’un enfant sur son identité de genre

Les questionnements sur le genre et la sexualité jalonnent le développement de l’enfant. Au fil des expériences avec son environnement, l’enfant prendra conscience de son corps sexué (dimension biologique) et des rôles attendus selon cette différenciation des sexes (dimension sociale). Progressivement, l’enfant intégrera une identité de genre en s’identifiant au sexe biologique (identité cisgenre), ou pas (par exemple, l’identité transgenre). Il apprendra aussi à exprimer cette identité de genre (vêtements, coiffure, langage, attitudes...) en fonction des normes traversant la société dans laquelle il vit, celles-ci variant beaucoup d’une époque et d’un endroit à l’autre.

Chez les jeunes enfants, la conception de l’identité de genre est très souple : par exemple, une petite fille demandera parfois à sa maîtresse si elle était un garçon quand elle était petite, ou un petit garçon dira vouloir être une maman quand il sera grand. Puis petit à petit, la conscience d’appartenir à un genre se précisera et se consolidera pour l’enfant. Dans ce processus, il est possible, même à un jeune âge, qu’un enfant interroge, ou éprouve un malaise quant à son identité de genre. Au professionnel d’accueillir les interrogations de l’enfant et d’y répondre de façon bienveillante.

Un enfant pris dans ces questionnements pourra chercher dans les adultes de son entourage un espace où venir déposer ses questions voire ses inquiétudes. Et ces adultes, choisis par l’enfant pour se confier, peuvent être chacun et chacune d’entre nous : enseignante, éducateur, animatrice, ... Ces questions de genre convoquent des représentations du corps, de l’intime, de la sexualité, autant de sujets qui peuvent nous paraitre sensibles et délicats à aborder avec les enfants dans nos contextes de travail. Alors, comment réagir en tant qu’intervenant lorsqu’un enfant ou un adolescent nous exprime des difficultés, des préoccupations par rapport au fait de ne pas se sentir bien dans son corps ? Que faire, par exemple, lorsqu’un enfant souhaite qu’un enseignant l’appelle autrement ?

Laisser place

L’identité de genre est une expérience très personnelle. Elle correspond au sentiment que nous avons chacun et chacune concernant le fait d’être homme, femme, ou encore ni l’un ni l’autre, ou les deux. Car si les normes habituelles nous enseignent qu’il n’y a que deux options (les catégories binaires de genre homme/femme), dans les faits, les gens vivent et expriment leur genre de façons beaucoup plus variées et complexes. Le fait que l’enfant cherche, sonde, interroge les adultes qui l’entourent sur les questions de genre s’inscrit dans la construction de son identité, et ne présage en rien de sa trajectoire future (quelle sera son identité de genre, son orientation sexuelle, …).

S’il n’y a pas lieu de s’alerter ou de s’agiter outre mesure aux questionnements de l’enfant, il y a bien lieu de leur réserver toute l’attention qu’ils méritent. Aucune question n’est à laisser de côté. Il ne faut pas rater l’occasion de se mettre en réflexion avec lui et d’ouvrir des portes. Parfois ces questions peuvent causer une véritable souffrance à l’enfant ou à l’adolescent, qui exprime à quel point son sentiment interne de masculinité ou de féminité ne correspond pas au sexe biologique. Ce mal-être, les plus jeunes l’évoquent à travers la sensorialité : J’ai l’impression qu’on m’a donné le mauvais corps, est-ce que je peux changer ?

L’expérience de terrain et de plus en plus de travaux[1] démontrent que le sentiment de non-conformité entre l’identité de genre et le sexe biologique (je ne suis pas comme ce qu’on attend de moi) peut entrainer de la détresse psychologique, parfois de l’anxiété, voire des idéations suicidaires. Cette problématique, appelée dysphorie de genre, est aussi en lien avec le contexte dans lequel évolue l’enfant : comment ça se passe à l’école, dans ses loisirs, comment réagissent sa famille, ses pairs, … ? Les violences de genre (sexistes, homophobes ou transphobes), comme toute forme de violence, sont dévastatrices dans les lieux de collectivité comme l’école, les milieux de la jeunesse et du sport, etc., et peuvent entrainer du repli sur soi, des situations d’échec scolaire, de décrochage, ....

De plus en plus d’intervenants sont sensibilisés à ces sujets. Cependant, sur le terrain, instaurer un climat d’ouverture et de respect des différences constitue souvent un défi. Nous pouvons nous faire aider en sollicitant des professionnels au sein de l’école (CPMS et Centre de promotion de la santé à l’école) ou en nous adressant aussi aux équipes spécialisées (plannings familiaux et organismes de jeunesse) qui proposent des animations d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS). La démarche d’EVRAS se fonde sur le respect, la tolérance, le libre choix, le non-jugement, l’accueil des différences et l’ouverture à l’autre. Elle vise à apporter une information et à participer au développement de l’esprit critique afin d’aider les jeunes à construire leur identité, assurer leur bien-être et à prendre des décisions éclairées[2].

Notre rôle d’intervenant

Accompagner un enfant qui explore les facettes de son identité, y compris sur les questions liées à son identité de genre, suppose de respecter le temps du développement, suivre son rythme, sans anticiper ni figer ses questions. Recevoir l’enfant « chercheur », sans projeter ses représentations d’adultes, permettra à l’enfant de ne pas se sentir enfermé dans une identité. Soutenir cette position d’exploration peut nous sembler déconcertant. Nous pouvons nous sentir remués, mal à l’aise par toutes les interrogations de l’enfant. Dès lors, il est important que nous puissions être soutenus par notre équipe, des relais de proximité, des professionnels en santé mentale, dans notre présence à l’enfant et sa famille. En effet, un soutien psychologique doit pouvoir être apporté aux enfants présentant un débordement, un mal-être avec ces questions et à leurs parents afin de les accompagner. Un tel soutien apporté aux lieux de vie collectif que fréquente l’enfant peut également soutenir un travail d’intégration des diversités et du vivre-ensemble bien au-delà du genre.


[1] Voir notamment les travaux de Line Chamberland.

[2] Pour davantage d’information sur la démarche de l’EVRAS et le réseau compétent : www.evras.be

 Imprimer la page

Pages qui pourraient également vous intéresser

Classes vertes [Film]

Jonathan, 7 ans, fait sa valise. Demain il part en classes vertes avec l'école. Mais sa maman nʼa...