Un enfant se masturbe, dois-je m’inquiéter ?

Il n’est pas rare qu’un enfant soit surpris en classe, à la maison, en train de se caresser les parties intimes. Chose qui interpelle et choque souvent les adultes, et en tout cas pose question : est-ce normal ? dois-je intervenir ? faut-il s’inquiéter de tels comportements en public ?

Il faut d’abord souligner que la découverte de son corps et des réactions de plaisir ou d’apaisement que l’on peut en tirer est naturelle, même chez des enfants très jeunes. Tout comme un enfant va se calmer en prenant son pouce en bouche et en tirer du plaisir.

Le malaise des adultes vient du fait que, bien souvent, ils perçoivent cette étape naturelle comme une manifestation sexuelle au sens adulte du terme. Or, si un enfant a des pensées et des gestes qui peuvent être qualifiés de « sexuels », ils sont pourtant d’une toute autre nature que ceux de l’adulte. Ils diffèrent principalement par l’immaturité physique et psychique. Pour le comprendre, il faut rapidement évoquer quelques étapes du développement de l’enfant.

Des étapes importantes

Une étape primordiale dans ce développement sera l’apprentissage du plaisir, notamment par la maîtrise de l’action sur le monde environnant. Par exemple le nourrisson dans son berceau se rendra vite compte que, par différents gestes, il fera bouger le mobile au-dessus de sa tête, objet qui lui a procuré précédemment et par hasard du plaisir. Il répétera ceci d’autant plus qu’il jouit maintenant de la maîtrise de la situation. Il va aussi apprécier les caresses des parents qui ont, à elles seules, un effet rassurant et permettent d’évacuer les tensions physiques, musculaires et psychologiques, tout comme le font les massages.

Dans une étape ultérieure va se développer une curiosité normale vis-à-vis de son corps, sa sexualité, et la sexualité des adultes. Cette curiosité sera particulièrement vive entre 3 et 6 ans, avant que la pudeur ne se construise petit à petit. C’est l’âge de la découverte du «sexe » et de la «sexualité». A ce stade, toucher ses organes génitaux permet à l’enfant de s’approprier sa sexualité par une curiosité normale, par un apprentissage de plaisirs physiques nouveaux, et d’entrer dans un monde de rêverie qui lui est propre et qui lui apprendra à repérer dans son corps diverses zones plus ou moins sensibles.

Se masturber en public ?

Même lorsqu’ils sont conscients du fait que la masturbation est un comportement absolument normal et même positif dans le développement de l’enfant, des parents ou enseignants peuvent légitimement être préoccupés lorsqu’elle est pratiquée publiquement. Comment intervenir ? Cette question est fondée : si l’apprentissage de la sexualité est naturel, celui du respect des codes sociaux, de la sensibilité d’autrui et de sa propre intimité est aussi essentiel. Gardons-nous de remarques moralisatrices sur le geste lui-même (« C’est sale, cela ne se fait pas en public, on ne peut pas ! »), et préférons reconnaître cet éveil des sensations et expliquer l’importance du respect de l’intimité et de la pudeur de chacun (avec le respect d'un espace à lui comme sa chambre…), et que cela vaut pour l'enfant autant que pour l'adulte.

Quand est-ce « préoccupant » ?

Lorsque la masturbation est répétée et compulsive, pratiquée en public, qu’elle s’accompagne éventuellement de paroles calquées sur la sexualité adulte, il devient évident que le comportement de l’enfant est le symptôme d’un malaise plus profond. Il s’agira alors non seulement d’expliquer la nécessité des limites dans son intérêt et celui de l’entourage, mais aussi d’étoffer la signification de ce geste, notamment par un entretien plus approfondi avec l’enfant. Un éclairage psychologique ou un accompagnement pourraient aider ce dernier à se situer.

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